
-By Yann Ohnona

Le Rocher tremble encore du nouveau coup de massue. Samedi en début d'après-midi, alors que le milieu semblait attendre, sans l'ombre d'un doute, l'engagement en Nationale 1 (3e division) de Monaco, champion de France exclu des Championnats professionnels pour raisons financières et administratives, la Roca Team a vu brutalement la porte se refermer. Le bureau fédéral, réuni samedi, la lui a même claquée au nez, via un communiqué affirmant suivre les recommandations (défavorables) du contrôle de gestion. Celui-ci avait constaté que le club, malgré de multiples recours engagés et projets de reprise avortés, n'avait toujours pas pu « constituer un dossier justifiant de la sincérité et de la fiabilité de la situation financière de la société ».
« Au regard de cet avis, et reprenant l'historique du dossier », le Bureau a estimé ne pouvoir, même au nom de « l'intérêt supérieur du basket », justifier d'une mesure dérogatoire nécessaire à l'engagement monégasque en NM1 « sans porter atteinte à l'intégrité et à l'équité des compétitions ».
Un argumentaire qui a fait bondir en Principauté. Sur fond de tensions entre la structure pro (la SA AS Monaco Basket) et son association (l'AS Monaco Amateur), le directeur sportif Oleksiy Yefimov travaillait déjà à la constitution d'un effectif surdimensionné pour la division afin de tenter une remontée express en Élite 2. Il s'appuyait sur un repreneur prêt à s'engager malgré la descente et qui avait déjà injecté des millions dans les comptes d'un club désormais délesté de ses dettes opérationnelles, ainsi que de sa figure la plus controversée, l'ex-président Alexey Fedorychev.
Xavier Le Cerf, avocat de l'AS Monaco
« C'est un affront, un manque de respect et un manque de réalisme institutionnel »
De quoi mettre son conseil juridique Xavier Le Cerf dans une colère noire. « Lorsque je lis que l'AS Monaco n'aurait pas apporté de garanties suffisantes, je suis interloqué. C'est à la fois un affront et un manque de respectenvers un investisseur prêt à mettre 10 millions par saison, sans rien en retour, juste la volonté d'aider le basket monégasque et le basket français, s'insurge-t-il. À cela vient s'ajouter un manque de réalisme institutionnel, et de reconnaissance pour ce que Monaco a offert au Championnat. Y aurions-nous vu évoluer des Mike James, Élie Okobo, Alpha Diallo... ? »
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Auditionné mardi en amont du bureau fédéral de samedi - auquel aucun membre de la Ligue nationale n'a été convié, contrairement à l'usage, marquant une distanciation entre les deux instances -, Monaco avait présenté, une énième fois, son dossier. Lui auraient alors été réclamés des documents avec une deadline au mercredi midi. Certains ne l'auraient pas été en temps et en heure. « Le commissaire aux comptes n'a pas eu le temps de fournir en quelques heures son attestation sur 2025-2026, concède Le Cerf. Pour autant, avec zéro dette hors celle de l'Euroligue, budgétisée, 2,5 millions sur les comptes, et les salaires payés, le club a présenté un budget de 7,5 millions, dont 3,5 pour d'éventuels passifs non identifiés. Cela est jugé insuffisant pour la NM1 ? J'en perds mon latin. »
Un nouveau recours
De l'eau au moulin de tous ceux voyant là une décision teintée de la volonté politique de mettre un point final à des mois de polémiques autour du basket pro en Principauté. Une histoire qui vient peut-être de prendre fin pour un moment. « Cette décision n'a rien de politique, a répondu le président de la Fédération, Jean-Pierre Hunckler depuis Berlin, où il a assisté à la qualification des Bleues en finale de la Coupe du monde. Dès le 28 août, le Bureau fédéral avait accepté la décision du conciliateur signant l'exclusion de Monaco des Championnats pros et ouvert la porte à un dossier pour les Championnats fédéraux. Nous avons autorisé des délais supplémentaires, la commission du contrôle de gestion a travaillé d'arrache-pied, mais au moment où le Bureau s'est réuni, Monaco n'avait pas produit les garanties demandées à tous les clubs de NM1. Or, mon devoir, comme je l'ai toujours dit, est de traiter tous les clubs de la même manière. »
Alors que l'association amateur reprenait, elle, samedi, son Championnat au niveau N3 (5e division), la SA et sa Roca Team, finaliste de l'Euroligue 2025, autrice lors de la saison écoulée d'un quadruplé inédit (titre, Coupe, Supercoupe, Leaders Cup), à l'image de la rocambolesque trajectoire des Girondins de Bordeaux, n'a jamais semblé aussi proche du dépôt de bilan et de la fin de l'aventure au niveau pro.
À moins que ? Alors qu'une audience au tribunal de Monaco le 2 octobre statuera - une nouvelle fois - sur la situation du club (de la SA AS Monaco Basket), et alors que le Championnat de N1 doit reprendre dans cinq jours, « l'histoire sans fin » monégasque va peut-être encore rebondir. « Nous allons saisir le CNOSF dès que le commissaire aux comptes aura mis son tampon. Nous verrons si c'est cela qui manquait ou si dans le fond, il n'y a pas de volonté de voir du basket à Monaco, annonce Xavier Le Cerf. À défaut, nous aurons beaucoup de regrets d'avoir refusé d'étudier l'intégration de la Roca Team en A1 italienne, et d'avoir persisté à nous considérer comme un club français. »
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