
-By David Loriot

L'avant-veille du match, TJ Parker avait désamorcé la chose. Pourtant, ce n'était pas rien, il le savait bien. Tony Parker, le grand frère, celui qui a toujours creusé le sillon, la star du basket français, lançait sa carrière de coach et le destin avait mis sur sa route son frère cadet, TJ, pour sa première en club. « Si cela va me faire quelque chose de le jouer à Roland-Garros ? Non, pas vraiment, avait illico calmé l'entraîneur de Roanne. Avec Tony, on a toujours eu l'habitude de se confronter dans plein de domaines, le basket, les jeux vidéo, les jeux de société... »
Effectivement, d'un côté à l'autre de la ligne sur le Philippe-Chatrier, la fratrie n'a pas fait dans l'effusion excessive ce samedi. Un câlin tranquille en début de match, une photo émotion commune au centre du terrain, avec le maillot n° 6 floqué « Parker Sr », en souvenir du père inspirateur, décédé il y a un peu moins d'un an, une courte accolade à la sortie, derrière un succès roannais étriqué mais mérité (73-71), et ce fut à peu près tout.
Sur cette première demi-finale de Supercoupe, les frangins n'étaient pas là pour se faire des clins d'oeil. En bord de terrain, la mère, Pamela, sous son traditionnel chapeau, et les potes du grand frère, Thierry Henry et Teddy Riner, n'ont rien manqué de cette première. Qui n'aura pas laissé de grands souvenirs à Tony Parker, mais l'aura installé encore un peu plus dans l'urgence à travailler sur un collectif offensif très approximatif encore.
Assis et calme en début de match, « TP » a pu constater combien son équipe, amputée de cinq éléments ce samedi (Dossou-Yovo, Gach, Sestina, Lighty et Cale), avait du chemin à faire sur le demi-terrain notamment. Huit pertes de balle en un peu plus de quatre minutes, 25 au total pour 12 passes décisives : le ratio était assez catastrophique au final.
Le coach de l'Asvel n'avait donc pas trop le coeur à commenter la « battle » des frangins. « On a un mois, un mois et demi de retard par rapport à tout le monde, dans notre préparation. Ce moment n'était pas facile, j'avais envie de voir des meilleures choses de mon équipe », constatait-il.
TJ Parker, coach de Roanne
« Je ne suis pas celui qui va regarder en face »
En jogging et baskets, Tony Parker s'est peu agacé. Il a surtout bouilli intérieurement. À l'autre bout de la ligne, TJ, veste blazer sur tee-shirt blanc, a parcouru plus de terrain dans sa zone, gesticulant parfois, râlant très fort sur l'oubli défensif de Dylan Affo Mama, derrière une sortie d'écran, que Patty Mills sanctionnait à 3 points, ramenant l'Asvel dans le sillage roannais à trois minutes de la fin.
Mais ni zieutage ni regard torve de l'autre côté. Juste un mimétisme postural, parfois, les mains sur les hanches, pour les frères de banc. « Je respecte le métier de coach, je ne suis pas celui qui va regarder en face », affirmait le cadet au terme d'un succès qui lui a vraisemblablement coûté son pivot titulaire, Darius Hannah, pour lequel on craint une rupture du ligament croisé d'un genou. « C'était mon frère, on s'est vus avant le match, on s'est serré la main : "Bonne chance à toi". »
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L'émotion était close. TJ Parker, né au coaching sur un bout de papier griffonné en Chine dans une discussion entre les deux frères il y a treize ans, restait maître sur « ses terres ». Avec cinq défaites en cinq rencontres dirigées jusque-là (quatre en amical avant celle de samedi), « TP », lui, attend encore que germe la première graine. « On doit jouer plus dur. Tout le monde au rebond. On doit être plus physique ! », rugissait-il, l'oeil noir, sur un temps-mort en fin de premier quart-temps.
Il a harangué, il a applaudi, il a pris le pouls auprès de Vincent Collet sur le chemin des vestiaires à la pause. Il s'est lamenté, il a calmé son monde. « Prenez votre temps, possession par possession, il reste du temps, le match est long. » Comme un coach presque ordinaire finalement. Sa carrière débute à peine.
