
Trois ans après son retour très remarqué à Roanne et au Mans, Dewarick Spencer a officiellement mis un terme à sa carrière. À 44 ans, l'ancien MVP étranger de la saison de Pro A 2006-2007 revient pour la LNB sur son parcours, son attachement intact au basket français, les souvenirs laissés par la Chorale et le MSB, mais aussi sa nouvelle vie, désormais consacrée à la transmission.
En 2023, Dewarick Spencer confiait qu'il ne pouvait pas imaginer vivre sans basket. Malgré ses 41 ans, il poursuivait sa carrière en Égypte et espérait encore, secrètement, terminer là où tout avait commencé pour lui en Europe : en France. Trois ans plus tard, le chapitre est cette fois définitivement refermé. Après une ultime saison disputée en Syrie, l'ancien arrière américain a choisi de ranger les baskets. Une décision qui met un terme à plus de vingt années de carrière professionnelle, commencée en 2005 sous le maillot de la Chorale de Roanne.
La fin de carrière de Dewarick Spencer s'est écrite loin des projecteurs européens. Arrivé en Syrie pour relever un dernier défi, l'ancien scoreur de Roanne et du Mans a conduit son équipe jusqu'en finale du championnat.
« Oui, j'ai officiellement pris ma retraite. Ma dernière saison s'est déroulée en Syrie. Nous avons perdu en finale mais c'était vraiment une bonne année compte tenu de mon âge. J'étais le seul joueur étranger de mon équipe alors que toutes les autres en avaient deux. »
À 44 ans, Spencer estime avoir bouclé la boucle. Celui qui a évolué dans onze pays différents quitte les parquets sans avoir pu réaliser son dernier souhait : finir sa carrière en France.
« À la fin de ma carrière, je n'ai reçu aucune offre pour revenir jouer en France. Bien sûr, cela aurait été une belle façon de terminer. »
L'idée lui tenait pourtant à cœur depuis plusieurs années. Déjà lors de son retour à Roanne et au Mans en 2023, il expliquait combien il aurait aimé revêtir une dernière fois un maillot français avant de raccrocher.
S'il n'a passé que quatre saisons dans le championnat de France, Dewarick Spencer reste l'un des joueurs étrangers les plus marquants de sa génération. Champion de France avec la Chorale en 2007, MVP étranger de Pro A la même année, double All-Star, il continue de susciter une véritable affection auprès des supporters roannais et manceaux. Avec le recul, il sait précisément où tout a commencé.
« Mes deux premières années en France ont été une période d'adaptation. Je devais apprendre le basket professionnel. Mon coach Jean-Denys Choulet m'a donné la possibilité d'être moi-même. Après ça, je n'avais plus qu'à jouer au basket. Les supporters de Roanne ont été extraordinaires. Ils m'ont accueilli à bras ouverts et je ne les oublierai jamais. »
Plus que les statistiques ou les trophées, Spencer retient surtout la confiance que lui a accordée son entraîneur. Sans cette liberté, il estime qu'il n'aurait probablement jamais connu une telle trajectoire en Europe. La France a constitué le véritable point de départ de sa carrière internationale.
En avril 2023, près de treize ans après son dernier match en France, Dewarick Spencer était revenu à la Halle Vacheresse puis à Antarès. Deux soirées chargées d'émotion, qui l'ont marqué bien davantage qu'il ne l'imaginait.
« Mon retour à Roanne a été une sensation incroyable. Après autant d'années loin de la France, j'ai été choqué de voir l'empreinte que j'avais laissée au club et auprès des supporters. C'est probablement l'une des plus belles expériences de toute ma vie. »
L'ancien arrière continue d'ailleurs à suivre, même à distance, l'actualité de la Chorale. Il s'est réjoui de voir son ancien club retrouver l'élite cette saison.
« Oui, je continue à suivre le club de temps en temps. J'ai vu qu'il était remonté dans la première division. Roanne possède une excellente organisation. Ce n'était qu'une question de temps avant que le club retrouve sa place au plus haut niveau. »
Il suit davantage la Chorale que Le Mans, même si le lien avec le public sarthois n'a jamais disparu.
« Je n'ai pas vraiment suivi Le Mans ces derniers temps, mais certains supporters continuent de m'écrire de temps en temps. C'est aussi une très belle organisation et je leur souhaite le meilleur pour les années à venir. »
Près de vingt ans après le titre de champion de France, Dewarick Spencer garde des contacts avec plusieurs acteurs de cette génération dorée.
« Je parle de temps en temps avec Marco (Pellin), Modibo (Niakaté). Avec Jean-Denys Choulet, nous échangeons régulièrement pour prendre des nouvelles l'un de l'autre. »
L'évocation de cette équipe de 2007 le conduit naturellement à penser à Aaron Harper et Pape Badiane, disparus ces dernières années.
« J'ai tellement de souvenirs avec eux. Ils m'ont aidé à m'intégrer au championnat français et à Roanne. Quand je pense à cette époque, ce sont le titre de champion de France et la Semaine des As qui me reviennent immédiatement. Aaron et Pape ont été des joueurs essentiels dans cette aventure. Ils nous manquent énormément. Je pense souvent à eux et à tout ce que nous avons accompli ensemble. C'était extraordinaire. »
Aujourd'hui, Spencer reste quotidiennement au contact du basket, mais dans un rôle bien différent.
« Je suis entraîneur individuel, enseignant, coach et mentor auprès des jeunes qui veulent jouer au basket. Cela me procure énormément de joie de pouvoir partager tout ce que j'ai appris pendant ma carrière. C'est normal de transmettre cette expérience à ma communauté. »
Il continue également de suivre avec attention le basket français et n'a pas été surpris par l'émergence de toute une génération de joueurs tricolores en NBA.
« Le championnat de France a toujours produit énormément de talent. Je ne suis pas surpris de voir autant de Français rejoindre la NBA. Victor Wembanyama est un joueur exceptionnel. Je suivais déjà son parcours lorsqu'il était plus jeune et je savais qu'il deviendrait une superstar. Et je suis convaincu que beaucoup d'autres Français laisseront eux aussi leur empreinte en NBA. »
Lorsque les supporters français évoquent Dewarick Spencer, ils parlent souvent d'un joueur capable d'embraser un match à lui seul. Lui préfère retenir ce que ces années françaises lui ont apporté.
« Je suis simplement reconnaissant d'avoir laissé un souvenir qui dure encore aujourd'hui. Mon objectif a toujours été de travailler dur et de donner le meilleur de moi-même. C'est en France que je suis devenu l'un des meilleurs joueurs d'Europe. Tout le mérite revient à la Chorale et au championnat de France. C'est aussi en France que je suis devenu un homme. Les souvenirs que j'y ai construits et les coéquipiers que j'y ai rencontrés resteront avec moi toute ma vie. »
Même si sa carrière est désormais terminée, il espère revenir prochainement dans l'Hexagone. Cette fois, il ne sera pas seul.
« J'espère revenir très bientôt. Mon fils a presque 14 ans et il joue lui aussi au basket. J'aimerais lui montrer ce que j'ai accompli en France, à Roanne comme au Mans. On plaisante souvent tous les deux pour savoir lequel est le meilleur joueur. Bien sûr, lui répond que c'est lui ! Mais j'aimerais vraiment qu'il puisse voir l'impact que j'ai laissé dans le championnat de France. Je suis certain qu'il apprécierait le voyage… et quelques matchs au passage. »
Plus de vingt ans après son arrivée à Roanne comme parfait inconnu, Dewarick Spencer reste l'un des artistes les plus marquants qu'ait connus le championnat de France. Une carrière internationale riche, terminée loin de l'Hexagone, mais dont les racines resteront à jamais françaises.