
-By g.pantel-jouve
Ouvert en juin 2025, le Centre VSF Sports de l'ADA Blois a trouvé son équilibre financier dès sa première année d'exploitation. Avec 130 000 passages, un pôle médical, des installations sportives et des espaces dédiés aux entreprises, cet investissement de 6 millions d'euros illustre la volonté du club d'ELITE 2 de diversifier ses activités. Son président, Paul Seignolle, détaille les premiers résultats de ce projet et les ambitions qu'il nourrit pour l'avenir.
Le Centre VSF Sports n'est pas seulement un nouvel équipement d'entraînement pour l'ADA Blois. Depuis son inauguration le 18 juin 2025, cette ancienne friche industrielle réhabilitée est devenue un lieu de vie ouvert sur la ville, réunissant sous un même toit les joueurs professionnels, les jeunes du centre de formation, l'association, des professionnels de santé, des entreprises et le grand public. Après une première année d'exploitation, le président blésois Paul Seignolle affiche sa satisfaction : le site a atteint l'équilibre économique, tout en offrant au club des perspectives de développement qui dépassent largement le terrain de basket.
« Le premier bilan que l'on peut faire après un an d'exploitation, c'est un bilan très satisfaisant qui correspondait à une attente du club, à savoir modifier un petit peu le modèle économique de notre club de basket », explique le dirigeant de l'ADA Blois.
L'ambition est née d'un constat : malgré sa progression sportive et sa place dans le basketball professionnel français, Blois reste limité par la capacité de sa salle de compétition. Pour développer ses ressources, le club devait donc explorer d'autres voies que les traditionnelles recettes de billetterie, de sponsoring et d'hospitalités.
Un modèle économique à l'équilibre dès la première année
La réussite d'un tel projet ne peut toutefois pas se mesurer uniquement à sa fréquentation ou à son attractivité sportive. Avec un bâtiment de 6 000 m² à gérer, l'ADA Blois a dû intégrer de nouvelles compétences et de nouvelles charges à son fonctionnement.
Paul Seignolle chiffre à environ 600 000 euros le budget annuel d'exploitation du Centre VSF Sports, recettes et dépenses comprises. Les seules consommations énergétiques représentent 160 000 euros.
La première année s'est achevée à l'équilibre, un résultat que le président présente comme une étape majeure.
« Le challenge que beaucoup de gens pensaient irréalisable sur le plan économique a été réalisé. »
La gestion quotidienne implique désormais une vigilance particulière sur les charges, mais également une démarche commerciale active pour développer les recettes.
La location des salles de séminaire et de l'auditorium constitue notamment un gisement de revenus complémentaires. Le centre accueille aussi bien des entreprises partenaires que des structures extérieures au club.
Le modèle repose également sur des occupants permanents. Paul Seignolle évoque neuf locataires dans le pôle médical, ainsi qu'un exploitant pour la salle de fitness et un autre pour le restaurant.
Selon son estimation, l'installation de ces différentes activités a permis la création d'environ 30 emplois indirects. Du côté du club, le fonctionnement du centre mobilise notamment un régisseur bénévole, un veilleur de nuit chargé de la surveillance des jeunes hébergés et un agent d'entretien polyvalent.
L'objectif est désormais de transformer cet équilibre initial en véritable contribution financière pour l'ADA Blois.
« Je pense que cette année, si tout se passe bien, on peut commencer à dégager en exploitation entre 50 000 et 100 000 euros. »
Une perspective intéressante, même si le dirigeant se montre prudent sur l'impact que ces nouveaux revenus pourront avoir sur le budget global du club.
« Je suis intimement convaincu que les revenus complémentaires ne seront jamais énormes. Mais pour autant, ils pourront être, je l'espère, dans les années à venir, un peu plus significatifs. »
Il écarte ainsi l'idée que le centre puisse générer à court terme des centaines de milliers d'euros supplémentaires pour l'équipe professionnelle. Dans une économie blésoise contrainte par les capacités d'accueil de sa salle, chaque nouvelle ressource reste néanmoins précieuse.

Un équipement qui a accueilli 130 000 passages en un an
Les premiers chiffres communiqués par Paul Seignolle donnent une idée de l'activité du Centre VSF Sports. En douze mois, environ 130 000 passages ont été comptabilisés dans sa rue intérieure. Le pôle médical a reçu quelque 60 000 visites, tandis que le restaurant installé dans le bâtiment a servi 36 000 couverts. Ces données traduisent la particularité du projet blésois : contrairement à de nombreux centres d'entraînement réservés aux sportifs professionnels, celui-ci accueille quotidiennement une population bien plus large.
« Je souhaitais créer ce qu'on appelle, en termes pompeux, un tiers-lieu, avec comme objectif de pouvoir réunir les entreprises du Blésois, voire du Loiret. Je pense que c'est très bien que les chefs d'entreprise puissent se retrouver et que le sport soit un des éléments qui leur permettent d'échanger. »
Le bâtiment de 6 000 m² comprend notamment des salles de séminaire, un auditorium, un restaurant, une salle de fitness et un ensemble de cabinets médicaux et paramédicaux.
L'établissement de restauration peut accueillir 110 à 120 couverts lors des services. Les espaces de réunion sont régulièrement utilisés par des entreprises, qui peuvent associer leurs séminaires à des activités autour du basket. « On organise des réunions le matin et on fait de l'initiation au basket l'après-midi, ou alors on fait intervenir David Morabito ou Julien Monclar. »
Cette diversification commence à produire des effets commerciaux au-delà de la location des espaces. « Potentiellement, on l'a déjà vu, ça nous a fait rentrer de nouveaux partenaires qu'on n'arrivait pas à capter. »
Pour Paul Seignolle, le Centre VSF Sports doit ainsi devenir un outil de prospection à part entière, capable de mettre le club en relation avec des entreprises qui ne seraient pas nécessairement venues vers lui par le sponsoring traditionnel.

Des conditions de travail transformées pour les professionnels et les jeunes
Au-delà de la dimension économique, le centre répond à une problématique sportive et logistique. Avant son ouverture, les différentes composantes de l'ADA Blois étaient dispersées entre plusieurs sites, ce qui compliquait notamment le quotidien des jeunes du centre de formation. Désormais, ces derniers bénéficient d'un lieu réunissant hébergement, entraînement et accompagnement scolaire, à proximité de leur lycée. L'association dispose également de terrains pour ses activités, de bureaux et d'espaces pour les rencontres du week-end. Pour les joueurs professionnels, le changement est tout aussi concret.
« Auparavant, ils s'entraînaient au Jeu de Paume, ils allaient chez le kiné à gauche, ils allaient chez le médecin à droite. Je ne veux pas dire que c'était le bazar, mais là, le joueur pro, il arrive le matin, il met sa voiture sur le parking ou sa trottinette, il va s'entraîner. Quand il a besoin de soins, il a le kiné. Quand il veut aller voir le podologue, il va voir le podologue. Quand il veut déjeuner à midi, il déjeune sur place, il y a des menus sportifs. »
Le regroupement de ces services permet de simplifier l'organisation quotidienne des joueurs et du staff. Il facilite également la collaboration avec les professionnels de santé installés dans le bâtiment.
Mais Paul Seignolle voit plus loin. À ses yeux, la qualité des infrastructures représente désormais un argument dans le recrutement des jeunes talents. « Je pense qu'un jeune comme Louis Grasshoff, qui a signé cette année, cet outil-là a été un élément essentiel pour qu'il vienne jouer à Blois. » Le président évoque également les impressions laissées par le site lors de l'accueil de l'équipe de France U16, venue en stage au mois de juillet. « Je pense qu'il y en a certains qui ont eu les yeux qui ont brillé, qui se sont dit : tiens, si je pouvais intégrer le centre de formation de l'ADA Blois, ça serait quand même top. »
Le club accueille par ailleurs, pour la deuxième année consécutive, un rassemblement de prospects français organisé par l'agence Comsport, avec 18 à 20 joueurs concernés. Autant d'occasions de faire connaître les installations blésoises auprès des jeunes, de leurs entourages et des acteurs du basket professionnel.

Six millions d'euros d'investissement, dont une part importante de financements publics
La réalisation du Centre VSF Sports a représenté un investissement de l'ordre de 6 millions d'euros. Un montant conséquent pour un club professionnel de la dimension de l'ADA Blois, dont le financement a nécessité la mobilisation de plusieurs partenaires institutionnels.
Le club a apporté une partie des moyens nécessaires, notamment à travers un emprunt bancaire de 1,7 million d'euros et une augmentation de capital de 250 000 euros, portant celui-ci de 250 000 à 500 000 euros. Paul Seignolle mentionne également un apport de 300 000 à 400 000 euros sur les fonds propres du club.
Le reste de l'opération a reposé sur différents concours publics, dont 1,912 million d'euros de fonds européens FEDER et une subvention d'investissement de 500 000 euros accordée par l'agglomération. La Ville de Blois et les autres collectivités concernées ont également accompagné le projet.
Le Département de Loir-et-Cher a joué un rôle dans le montage immobilier en acquérant l'ancienne friche industrielle, dans le cadre d'un bail emphytéotique de 40 ans.
Paul Seignolle assume pleinement le recours aux financements publics, tout en rappelant l'engagement financier pris par le club et ses actionnaires.
« Le club s'est mouillé. Quand le club met 1,7 million d'euros, que les actionnaires mettent 250 000 euros, ça fait 1,9 million d'euros. Vous arrondissez à 2 millions, sur 6 millions, ça fait 35 %. Je pense que c'est bien. »
Le président considère surtout qu'il appartient aux dirigeants sportifs de construire des projets suffisamment solides pour convaincre les différents financeurs.
« J'ai été chercher des fonds auprès des collectivités. J'ai sensibilisé à l'époque le département en leur disant : voilà, on a une problématique à Blois, on souhaite s'inscrire et s'installer de manière durable dans le basket français. On a une salle, mais on ne va pas l'agrandir. Donc aidez-nous à réfléchir sur un projet qui nous permettrait d'être différenciants. »
Dans une période où les finances publiques sont sous tension, la reproductibilité du modèle interroge. Paul Seignolle estime néanmoins que les clubs doivent explorer l'ensemble des dispositifs disponibles, notamment les financements européens.
La mobilisation de ces fonds suppose cependant une réelle expertise administrative.
Un an et demi de chantier et une gestion au plus près des dépenses
Entre le lancement du chantier, le 4 janvier 2024, et la livraison du bâtiment en juin 2025, le président de l'ADA Blois s'est personnellement impliqué dans le suivi des travaux.
« J'ai passé toute ma journée sur le chantier, à organiser des réunions de chantier deux fois par semaine, à suivre les travaux. Ma compétence, ce n'est pas de m'occuper du sportif, Julien Monclar le fait très bien. Moi, mon business, c'était de dire : voilà, on a mis ce projet-là sur la table, il faut le réaliser. »
La réhabilitation d'une friche industrielle a apporté son lot de difficultés techniques et de modifications en cours de chantier. Malgré ces imprévus, Paul Seignolle affirme que le dépassement budgétaire final a été contenu à environ 20 000 euros sur les 6 millions engagés.
Le président souligne également la mobilisation des entreprises partenaires de l'ADA Blois, qui ont réalisé l'ensemble des travaux selon lui.
La dimension administrative a constitué une autre difficulté majeure. Pour sécuriser le versement des fonds européens, le club a dû recourir à un cabinet spécialisé.
« Il y a eu une rigueur administrative, ce qui fait qu'il y avait beaucoup de documents à produire. Pour ça, on n'avait pas la compétence au niveau du club. On a été accompagnés par un cabinet qui, pendant tous les travaux, nous a permis de faire étape par étape des points de manière à pouvoir déclencher les accords sur les fonds européens. »
Une expérience dont Paul Seignolle tire un enseignement pour les autres dirigeants : développer et exploiter un équipement immobilier suppose des compétences très différentes de celles habituellement mobilisées pour faire fonctionner une équipe professionnelle.
Un actif immobilier au service de l'avenir du club
Le Centre VSF Sports possède une autre particularité : il constitue un actif inscrit au bilan de la société sportive de l'ADA Blois, et non une simple infrastructure mise à disposition ponctuellement par une collectivité.
Cette stratégie immobilière ne date pas d'hier. Dès 2018, le club avait acquis trois appartements pour limiter ses dépenses locatives.
« J'en avais un petit peu marre de payer des loyers, donc on a acheté trois appartements. Tout ça, c'est de l'actif, tout ça, ça sera du haut de bilan. »
Cette logique permet au club de constituer progressivement un patrimoine, plutôt que de consacrer l'ensemble de ses ressources aux seules dépenses de fonctionnement.
Pour Paul Seignolle, la possession d'actifs immobiliers constitue ainsi l'une des pistes à explorer pour renforcer durablement la structure économique des clubs professionnels.
Elle explique aussi l'intérêt suscité par le Centre VSF Sports auprès d'autres organisations sportives. Selon le dirigeant, des représentants de Chalon, Saint-Chamond, Bourg-en-Bresse, Nantes, Strasbourg ou encore Le Mans sont venus découvrir les installations blésoises.
« Chaque fois qu'un club vient, que ce soit le président ou l'entraîneur, tout le monde veut visiter. »
L'ADA Blois ne prétend pas disposer des ressources des plus grandes organisations sportives françaises. Elle entend cependant tirer parti de sa capacité d'initiative et de sa proximité avec les acteurs économiques locaux.
« On gère un club comme on gère une entreprise. Et pour moi, il faut être différenciant. Je ne peux pas être différenciant par ma salle. Donc il faut être différenciant sur un modèle économique. Et le Centre VSF Sports, pour moi, fait partie de ces éléments différenciants. »
Une extension déjà envisagée pour les besoins de l'association
Si le Centre VSF Sports a trouvé sa place dans le fonctionnement de l'ADA Blois, son développement pourrait ne pas s'arrêter là.
Le projet initial prévoyait davantage de surfaces consacrées au basket. Les conséquences économiques de la pandémie de Covid-19 et de la guerre en Ukraine ont conduit à revoir son dimensionnement.
Le plan d'origine comprenait deux terrains de basket à cinq contre cinq et deux terrains de 3x3. Finalement, le bâtiment accueille un terrain de 5x5 et deux terrains de 3x3.
« Si j'avais fait l'extension, c'était 8 millions. On ne pouvait pas le porter financièrement. »
L'association ADA Basket, qui compte environ 500 licenciés, réfléchit désormais à la possibilité d'agrandir les installations pour répondre à ses propres besoins.
Le dossier reste toutefois à un stade exploratoire. L'association ne dispose pas de la capacité financière de la société sportive et devrait trouver un montage associant collectivités ou mécènes pour concrétiser une éventuelle extension.
Pour l'heure, l'enjeu principal reste la montée en puissance de l'exploitation commerciale. Le premier exercice a validé la capacité du centre à couvrir ses charges, tandis que la fréquentation confirme son implantation dans la vie locale.
Reste à convertir ces résultats en ressources supplémentaires durables pour le club. C'est précisément la démarche que Paul Seignolle souhaite défendre auprès de ses homologues.
« Moi, je suis intimement convaincu qu'à un moment donné, il va falloir que nos clubs aient une autre vision de notre business. »
À Blois, cette diversification se traduit désormais par un bâtiment de 6 000 m², un patrimoine immobilier renforcé et une activité qui ne s'interrompt pas lorsque les joueurs quittent le parquet.