
-By David Loriot

Depuis le printemps dernier, le ministère de l'Intérieur a encadré plus strictement la procédure d'obtention des visas permettant la venue des sportifs étrangers sur le sol français. Un processus plus lourd, plus long désormais, qui touche particulièrement le basket professionnel français, notamment en ce début de préparation.
Le temps de la « régularisation entre amis » est terminé. Non pas que le ministère de l'Intérieur ait totalement revu la formule concernant l'obtention des visas et l'arrivée sur le sol français des sportifs étrangers hors de l'espace Schengen, mais il a clairement établi un rappel à la loi et posé un cadre strict pour tout le monde au printemps dernier.
Cela couvait depuis deux-trois ans déjà et sûrement que les tensions actuelles à l'international ont terminé d'opérer la bascule. Auparavant, afin de faciliter les démarches et accélérer l'incorporation d'un nouvel élément dans leur effectif, les clubs avaient souvent recours à ce que l'on nomme en haut lieu des « détournements de procédure ».
Le joueur étranger débarquait ainsi en simple touriste et l'on comptait ensuite sur la bienveillance de la préfecture concernée pour régulariser la situation. Cela arrangeait tout le monde : le joueur qui n'avait que peu de démarches administratives à effectuer, et le club qui pouvait envoyer au plus vite sa recrue sur les lattes.
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Mais depuis mars dernier, le sport français ne fait désormais plus exception à la règle. « En mars, on nous a dit : "c'est fini !" Vous devez passer par les canaux traditionnels. Le joueur ne peut plus arriver avec un visa touristique, sans légitimité professionnelle, et régulariser ensuite », résume le directeur de l'Union des clubs professionnels de basket (UCPB), Fabien Maneuf. Concrètement, la charge de la démarche est inversée désormais. Et c'est au joueur, en amont, de lancer le processus depuis son pays de résidence, en se rendant au consulat afin d'effectuer sa demande de visa.
Une procédure plus lourde, plus longue, qui touche le basket bien plus fortement que les autres sports en salle. D'abord, parce que les États-Unis sont les premiers pourvoyeurs de joueurs étrangers dans les championnats professionnels français (Betclic Élite et Élite 2). Ensuite parce que, contrairement au handball par exemple, les recrues ne sont jamais anticipées un an ou six mois à l'avance.
Deux facilités : le BIPE et le « passeport talent »
Dans la pratique, cela pose notamment des problèmes quand il s'agit de faire venir un joueur américain. Aux États-Unis, on compte dix consulats généraux de France et les joueurs ne sont pas tous à quelques miles en voiture du bâtiment officiel ! Moses Wood, le nouvel ailier-fort du Mans, qui réside dans le Nevada, a dû se rendre à San Francisco, à 370 kilomètres de là, pour effectuer ses démarches !
Dans ce dédale administratif, deux facilités ont cependant été accordées au monde sportif. D'une part, la mise en place d'un guichet unique, le BIPE (Bureau de l'Immigration Professionnelle et Étudiante) pour les dossiers urgents et complexes, afin d'accélérer le processus. « Il s'agit d'une adresse mail, un contact direct uniquement ouvert aux têtes de réseau (l'UCPB pour le basket) qui doivent centraliser les demandes des clubs pour optimiser les démarches », explique Fabien Maneuf.
D'autre part, le recours simplifié au « passeport talent », un titre de séjour accessible à tous les joueurs de Betclic Élite et Élite 2, qui a pour avantage de les dispenser d'une autorisation de travail et permet le droit au séjour aux membres de la famille. Ce fut notamment précieux pour une des recrues américaines de Poitiers (Élite 2), dont la femme, enceinte, craignait de ne pas pouvoir voyager avant son accouchement, mais a pu anticiper son vol grâce à ce format accéléré.
Un délai moyen de trois semaines pour l'obtention du visa
Reste que cette remise à plat a un coût certain en termes de temps. « Entre la saisie du ministère de l'intérieur, le rendez-vous du joueur au consulat, le dépôt du dossier, la réception par courrier du visa et l'arrivée du joueur sur le territoire, on est dans des délais moyens de trois semaines », admet le directeur de l'UCPB.
Même si dans l'ensemble, les clubs ont su réagir assez vite pour ne pas trop subir la nouvelle donne administrative, à l'heure de la reprise, certaines équipes sont un peu bancales. Boulazac attend toujours sa recrue phare, Patrick Beverley, pas annoncé avant début septembre. À Pau, Mickaël Hay a dû décaler de deux jours son premier entraînement collectif, effectué mercredi, alors qu'il est toujours en attente de deux recrues américaines, Justin Briggs et Michael Flowers, qui guettent chaque matin la boîte aux lettres ! Et on ne parle même pas de Monaco, qui sera bien embêté pour rassembler au plus vite une équipe s'il devait sauver sa peau en Première Division...
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À l'an 1 de la « nouvelle formule », ce n'est donc pas totalement le chaos dans le basket professionnel français, mais le processus méritera forcément quelques ajustements à l'avenir. Il conviendra aussi de voir comment cela va fonctionner lorsqu'il faudra signer des pigistes médicaux en cours de saison. Avec un délai moyen de trois semaines avant de pouvoir compter sur le joueur, les clubs n'auraient aucun intérêt à aller chercher un suppléant hors de l'espace Schengen ! Mais dans le cadre d'un court séjour de moins de trois mois, la procédure ira plus vite, notamment avec les États-Unis. « Dans ce schéma, il faut une autorisation de travail, mais pas besoin de visa pour les Américains, donc on sera plus sur 8-10 jours entre la signature et l'arrivée du joueur », rassure Maneuf.
20 août 2026