
-By Marius
Dimanche à 19h, Pau reçoit Limoges pour le 115e Clasico, le premier dans l'élite depuis avril 2023. Pendant vingt ans, ces deux clubs se sont arraché les titres, les coupes d'Europe et quelques coups de coude. Voici l'histoire à connaître avant le premier ballon.
Mai 1987. Finale du championnat de France, match 3, le dernier, à la Moutète. Il reste quatre secondes, Orthez est mené d'un point, et Freddy Hufnagel s'avance vers la ligne des lancers francs. Deux tirs. Un titre, et plus personne ne respire.
Il marque les deux.
Orthez gagne 82-81 et garde sa couronne sous le nez de Limoges.
Des années plus tard, Hufnagel en rira à moitié. S'il les avait ratés, dit-il, on lui aurait serré la main toute sa vie avec un regard plein de pitié.
Quelques jours plus tôt, le 2 mai, le match 2 de cette même finale avait fini en bagarre générale à la Moutète, la petite salle d'Orthez, en direct sur Antenne 2.
Voilà le Clasico.
Dimanche, il revient en Betclic ÉLITE pour la première fois depuis trois ans. Avant d'allumer la télé, rembobinons la cassette.
Deux villes moyennes ont défié l'Europe, puis l'une l'autre
Le premier épisode date du 14 octobre 1978. Ce soir-là, à la Moutète, Orthez reçoit Limoges et l'emporte 113-80. Personne ne parle encore de rivalité.
Elle naît quelques années plus tard, et elle naît en Europe. Limoges gagne la Coupe Korac en 1982, puis en 1983. Selon Xavier Popelier, ancien président du CSP, la finale de 1982 passe en prime time devant 8 millions de téléspectateurs. Un an plus tard, c'est Orthez qui soulève la Korac, face à l'Étoile rouge de Belgrade.
À partir de là, plus rien ne sera simple. Une ville du Limousin et une ville du Béarn vont se disputer le basket français pendant vingt ans. Elles se retrouvent cinq fois en finale du championnat, en 1987, 1989, 1992, 1993 et 1998. Le compteur n'a pas bougé depuis : 11 titres de champion de France pour le CSP, le dernier en 2015, et 9 pour l'Élan, le dernier en 2004.
Un détail pour les puristes : ce n'est même pas l'affiche la plus jouée de l'élite. Le Mans contre Villeurbanne existe depuis la saison 1962-63 et détient le record d'éditions. Mais personne ne lui a jamais trouvé de surnom. Pau-Limoges, lui, est devenu le Clasico, comme Real-Barça en Espagne ou Olympiakos-Panathinaïkos en Grèce.

Chaque camp jure que l'autre a commencé
Demandez aux deux camps d'où vient la rivalité, vous aurez deux histoires. Pour Xavier Popelier, ancien président du CSP, les Béarnais n'ont jamais digéré la Korac de 1982. Pour Pierre Seillant, l'ancien patron de l'Élan, tout démarre en 1984, quand Orthez gagne à son tour et que Limoges ne le supporte pas. Chacun accuse l'autre d'être jaloux. C'est exactement pour ça que ça dure.
Derrière les présidents, il y a des visages que les deux villes connaissent par cœur. Richard Dacoury, Stéphane Ostrowski et Don Collins d'un côté. Freddy Hufnagel, les frères Gadou et Freddy Fauthoux de l'autre. Didier Gadou a disputé 64 Clasico comme joueur, entre 1982 et 2002. Un record qui ne tombera sans doute jamais.
La rivalité se transmet comme un héritage de famille. Freddy Fauthoux, aujourd'hui coach de Bourg, glissait la cassette VHS de la bagarre de 1987 dans le magnétoscope du car, sur la route de Limoges, pour que les nouveaux comprennent où ils mettaient les pieds. Il résume l'obsession paloise mieux que personne : « Quand tu es de Pau, tu ne rêves que de jouer et gagner à Limoges. »
Même en équipe de France, la frontière tenait. Yann Bonato, passé par le CSP, a raconté que les Palois restaient dans leur coin lors des rassemblements des Bleus.
C'est un peu les Beatles contre les Rolling Stones : il fallait choisir son camp, et les deux camps ont écrit l'histoire.

Trois ans sans Clasico, et un dernier souvenir qui pique encore
Avec le temps, les deux clubs ne se croisent plus chaque saison en haut du classement. La flamme, elle, ne s'éteint jamais. Pour la 100e édition, le 15 janvier 2017, Le Populaire du Centre consacre sa Une et douze pages au match avant même qu'il soit joué. Ce jour-là, à Pau, l'Élan écrase le CSP 89-57.
Le dernier Clasico dans l'élite date du 1er avril 2023. Pau s'impose 81-89 à Beaublanc, une première là-bas depuis octobre 2017, et s'offre les deux victoires de la saison. La salle finit dans le silence. Au bilan, Limoges mène toujours, mais de deux victoires seulement : 57 contre 55, plus un match nul d'une époque où le basket français en autorisait encore.
Puis le rideau tombe. Pau finit 17e et descend en deuxième division. Le duel ne revient qu'une fois, en Coupe de France, le 15 octobre 2024. Comme il joue un étage en dessous, Pau part avec 7 points d'avance au premier ballon. Il s'en sert : devant 5 000 supporters, l'Élan sort Limoges 65-61. Au bilan, l'écart n'est plus que d'une victoire : 57 pour Limoges, 56 pour Pau, et toujours ce match nul.
Le retour se gagne au bout de la nuit. Le 18 juin 2026, dans un Palais des Sports qui ne s'entend plus, Pau bat Poitiers 86-73 au match 3 de la finale d'ÉLITE 2. Trois ans après sa descente, l'Élan retrouve l'élite. Et le calendrier lui offre Limoges dès la 5e journée.
Dimanche, deux anciens rois repartent de la même ligne
Le scénario ne pouvait pas être plus serré. Après quatre journées, Pau et Limoges ont exactement le même bilan, une victoire et trois défaites. Limoges est 10e, Pau 11e. Le vainqueur se décolle. Le perdant entendra parler de ce match jusqu'au retour.
Pau arrive avec un socle de la montée, dont le capitaine Bastien Pinault, et un coach, Mickaël Hay, prolongé jusqu'en 2028. La saison dernière, l'Élan avait gagné 16 de ses 19 matchs de phase retour en ÉLITE 2, sans perdre au Palais des Sports de janvier à la fin de la saison régulière. Dimanche, les plus de 7 700 places du Palais des Sports seront derrière lui.
Limoges, lui, arrive dans un contexte lourd. L'hôtel de ville a été incendié le 17 octobre. La ville d'Orthez, qui parraine le match, va reverser 5 000 euros à la mairie de Limoges. Pour Guillaume Berbinau, président de l'Élan Béarnais, entre vieux rivaux, « c'est normal d'exprimer une forme de solidarité ». Plus de quarante ans de coups de coude, et quand ça compte, la main tendue.
Ce qu'il faut retenir
Cette fois, le Clasico se joue loin du sommet du classement. Il porte pourtant 48 ans d'histoire, cinq finales, des coupes d'Europe et une rivalité qui se transmet de vestiaire en vestiaire. Dimanche, une nouvelle génération va découvrir ce que pèse ce match. Et vous aurez une place au premier rang.
À regarder : Pau-Limoges, 115e Clasico, dimanche 25 octobre à 19h au Palais des Sports de Pau, en clair sur La Chaîne L'Équipe et sur DAZN.