
À 37 ans, Nicolas Batum continue de prouver que son impact dépasse largement la feuille de statistiques. Toujours précieux avec les Los Angeles Clippers, le vétéran français s’inscrit dans une équipe revenue sur le devant de la scène après un début de saison délicat. Facilitateur en attaque, défenseur fiable et leader dans le vestiaire, il incarne une forme de continuité et de sérénité dans un effectif expérimenté, mais en constante adaptation dans une Conférence Ouest ultra-concurrentielle.
Entretien réalisé le jeudi 15 janvier, à un moment où les Clippers venaient d’enchaîner 11 victoires sur leurs 13 derniers matches. L’occasion pour Nicolas Batum de revenir en profondeur sur la dynamique collective, son rôle actuel, sa relation avec son coach et son regard sur la nouvelle génération française en NBA, qu’il observe et accompagne avec attention, de Moussa Diabaté à Rayan Rupert, en passant par Tidjane Salaün ou Maxime Raynaud.
Une saison relancée par le travail et l’expérience
Le début de saison des Clippers a été marqué par une accumulation de contretemps, entre blessures et manque de continuité. Nicolas Batum ne cherche pas à minimiser cette période compliquée, qu’il replace dans un contexte collectif encore fragile.
« Le début de saison a été galère. On perd Kawhi (Leonard) très vite, après tu perds quelques matches, ça fait effet boule de neige. On n’a pas eu le temps de s’entraîner alors qu’on est une équipe assez nouvelle. Tout ne s’est pas enchaîné comme on l’aurait voulu. »
Dans une ligue où chaque absence pèse lourd, cette instabilité initiale a freiné la montée en puissance du groupe. Pour autant, l’expérience collective a permis d’éviter toute panique.
« Quand tout le monde disait qu’on était trop vieux, c’était presque un avantage. Il restait 50 matches à jouer. On sait que la saison est longue. La coupure nous a fait beaucoup de bien : on a pu vraiment se réentraîner, faire des séances qu’on ne peut pas faire en cours d’année. Ça a été un vrai moment pour se remettre en question, revoir des choses, et ça nous a lancés derrière. » Un travail de fond qui a progressivement replacé les Clippers sur de bons rails.
Un rôle clair, sans calcul, au service du collectif
Dans cette dynamique retrouvée, Nicolas Batum reste fidèle à ce qu’il est devenu au fil des années : un joueur d’équilibre.
« Mon rôle ne change pas. Je sais ce que le staff attend de moi et ce que mes coéquipiers attendent. Que je joue 5 minutes ou 16 minutes, ça dépend des matches. À mon âge, je ne me prends plus la tête. » Loin de toute logique individuelle, le Français accepte chaque soir la mission qui lui est confiée, sans chercher à forcer son jeu ou ses responsabilités.
Cette approche est aussi le fruit d’un changement profond dans sa manière d’aborder sa carrière.
« Je ne joue pas pour mon avenir, je ne joue pas pour des contrats. Depuis Philly, je suis vraiment libéré de la pression des chiffres. J’ai ma réputation, je joue juste pour le collectif et pour le plaisir. » La fin de sa carrière internationale a également joué un rôle clé : « Avant, je me mettais une pression pour justifier ma sélection. Depuis que j’ai annoncé ma retraite internationale, j’ai réalisé que j’avais un poids que je ne soupçonnais pas. Aujourd’hui, je joue vraiment avec plaisir. »
Une relation de confiance totale avec Tyronn Lue
Cette sérénité se reflète dans sa relation avec son entraîneur, Tyronn Lue, avec qui le lien est solide et direct. « On a une très bonne relation. Il ne s’inquiète pas pour moi. Il sait que je vais faire mon boulot, qu’il n’y aura pas d’histoire. » Pour un coach, pouvoir compter sur un joueur sans se poser de questions est un luxe rare, surtout dans une saison longue et exigeante. La disponibilité de Batum est un marqueur fort de cette confiance mutuelle.
« L’année dernière, j’ai joué quasiment tous les matches. Cette saison, j’en ai loupé un seul parce que j’étais malade. Je suis présent. Il sait qu’il peut compter sur moi, que je ne vais pas me plaindre si je joue moins. » Une relation saine, construite sur la constance, le professionnalisme et le respect des rôles.
Un regard attentif et bienveillant sur les jeunes Français
Sur les parquets NBA, Nicolas Batum continue d’observer attentivement la progression des jeunes Français. « Je regarde beaucoup les Français jouer. Quand j’ai le temps, je mets les matches, surtout avec mon fils. » Un intérêt sincère, nourri par l’envie de comprendre leur évolution et leurs responsabilités croissantes dans la ligue.
Parmi ceux qu’il croise régulièrement, certains l’ont marqué récemment, comme Maxime Raynaud, qu’il n’hésite pas à chambrer sur le terrain.
« J’aime bien les taquiner. Avec Maxime, je fais exprès de faire des fautes, je lui attrape le bras, je sais que ça ne sera pas sifflé. C’est de la boxe, des petits trucs comme ça. » Derrière l’humour, Batum souligne surtout la progression et l’intensité de cette nouvelle génération, qu’il pousse à s’endurcir au contact du très haut niveau.
Transmettre une méthode plus qu’un modèle
Au-delà des échanges et des plaisanteries, Nicolas Batum endosse pleinement son rôle de mentor. « Avec Moussa (Diabaté), Tidjane (Salaün) ou Rayan (Rupert), on parle beaucoup. Ils posent des questions, ils sont demandeurs. » Une transmission basée moins sur les mots que sur l’exemple, le quotidien et la compréhension du jeu NBA.
S’il devait résumer le conseil principal qu’il donne aux jeunes Français, il serait simple. « Quand je suis arrivé en NBA, je me suis demandé : de quoi l’équipe a besoin ? Il ne faut pas arriver en voulant imposer son jeu. J’ai commencé 77 matches lors de ma saison rookie parce que j’essayais de comprendre ce qui manquait. Ensuite, tu ajoutes des choses à ton jeu. » Une philosophie d’adaptation et de patience, que Nicolas Batum incarne aujourd’hui mieux que jamais, à l’aube d’une fin de carrière qu’il savoure pleinement, match après match.
Parties 2 et 3 à retrouver très prochainement