
-By Yann Ohnona

Alors que dans le stade Olympique voisin, les guitares hard-rock d'Iron Maiden se déchaînent, provoquant des vagues de métal faisant vibrer jusqu'à la structure de l'OAKA Arena, Théo Maledon enchaîne les « swish » à 3 points de l'un de ses spots favoris, dans le corner. Le calme olympien qui, à l'opposé, règne encore dans l'antre du Panathinaïkos est trompeur.
Dans quelques heures, les travées seront envahies par au moins 14 000 supporters grimés de rouge pour la finale de l'Euroligue (ce dimanche à 20 heures sur la chaîne L'Équipe). Les cantiques des Reds, fans d'Olympiakos frustrés après quatre échecs de rang au Final Four, s'écraseront telle une chape de plomb sur l'escouade du Real Madrid, privée de trois intérieurs (Tavares, Len, Garuba, touché au tendon d'Achille lors de la demi-finale contre Valence, 105-90), et donc Théo Maledon.
Théo Maledon
« Je ne m'attendais pas à me retrouver dans cette position de pouvoir être champion d'Europe. Ça montre à quel point tout peut arriver si on garde la bonne mentalité et les bonnes valeurs »
Le meneur international (1,93 m, 24 ans) de l'auguste Maison Blanche (11 sacres européens, record) se retrouve projeté dans le grand monde, avec l'objectif de priver Olympiakos et son trio français - Fournier, Ntilikina, Fall - d'un rêve à portée de main. Ses responsabilités seront en hausse. « Mon rôle peut évoluer à cause de nos blessés à l'intérieur, c'est vrai, même si ce sont surtout les ailiers et ailiers-forts qui devront absorber le vide, glissait samedi le nouvel arrivé du côté du Real, en provenance de l'Asvel. Je ne m'attendais pas à me retrouver dans cette position de pouvoir être champion d'Europe. C'est la beauté du basket, ça montre à quel point tout peut arriver rapidement si on garde la bonne mentalité et les bonnes valeurs. J'ai apprécié ma progression dans cette équipe. » Qui n'avait rien d'évident dans un effectif pléthorique, où excelle le magicien Facundo Campazzo.
Après sa saison de rêve avec Villeurbanne (17 points, 4,6 passes en 27 minutes en Euroligue), Maledon a dû repartir de zéro pour gagner sa place, et se montrer efficace en sortie de banc. En demies, son agressivité et sa précision (12 points, 3 rebonds, 3 passes, 4 fautes provoquées en 16 minutes) ont largement contribué au succès contre Valence et à la qualification pour un remake des finales 2013, 2015 et 2023.
Cette dernière confrontation avait été conclue par un shoot d'anthologie de Sergio Llull pour la gagne (79-78). Un souvenir resté dans les esprits et qui irrigue l'espoir madrilène, incarné par son meneur vétéran aux 11 Final Four, expert en « mandarines » - nom donné aux shoots éclair, lointains et décisifs de Llull à la trajectoire arc-en-ciel. Ce qui faisait dire à Evan Fournier à la veille du grand soir : « Ils trouveront toujours un truc pour t'emmerder. Ils ont l'ADN des champions. »
« Oui, tout le monde parle encore de ce shoot ici. L'expérience, la culture de la gagne sont présents partout, avec les légendes du club au quotidien, ceux qui sont déjà passés par ces situations », sourit Maledon, qui a connu des hauts et des bas mais a appris à partager les responsabilités (9,4 points, 3 passes en 17 minutes de moyenne) avec Campazzo, Andres Feliz et Llull. Il y a cinq mois, le Français s'était aussi signalé en devenant le joueur à inscrire le millionième point de l'Euroligue.
« Théo est un joueur avec beaucoup de ressources, dit à son sujet le meneur international argentin, qui avait maté l'équipe de France en demi-finales du Mondial 2019. Il peut scorer, sait rendre les autres meilleurs. Je peux partager la ligne arrière avec lui, il me facilite la vie par ses attaques du panier, sa bonne gestion du pick and roll, sa capacité à jouer en un-contre-un. Avec lui, Sergio et Andres, on tire bien parti de ça. »
lire aussi
Fournier, le phénix d'Olympiakos, fait l'unanimité auprès de ses proches en Grèce
Sous la conduite de Sergio Scariolo, le maître à jouer italien, ex-sélectionneur de la Roja tortionnaire des Bleus - Maledon peut en témoigner, battu en finale de l'Euro 2022 par l'Espagne (88-76) -, le natif de Rouen apprend en accéléré. « C'est sûr, il s'y connaît pour faire des coups. On le voit toute la saison aux entraînements, où on travaille des choses peu académiques, qu'on n'utilise pas forcément en match par la suite. On peut s'attendre à le voir sortir quelque chose du chapeau en finale », sourit l'ex pensionnaire de l'Insep.
« Je suis Théo depuis qu'il est très jeune. J'ai toujours admiré ses qualités, nous expliquait Scariolo, champion NBA avec Toronto en 2019 comme assistant, à son sujet fin janvier à Madrid, soulignant tant ses forces que sa marge de progression en défense. Je l'ai entraîné sur des camps NBA. Il a un instinct assez unique comme meneur de jeu. Il apprend encore à comment être efficace en défense, et à trouver le bon équilibre entre le fait de scorer et créer du jeu. Mais je suis content de lui, il fait des pas en avant. » Champion de France 2019 avec l'Asvel, sacré avec les Bleuets à l'Euro U16 en 2017, Maledon peut remporter ce dimanche soir son premier titre européen en club.
lire aussi
Toute l'actualité de l'Euroligue