-By Yann Ohnona
![]()
Le dernier shoot du milieu du terrain de Guerschon Yabusele a fait ficelle. Et l'intérieur français de 30 ans, vainqueur du concours de fin d'entraînement, a fini extatique, étalé de tout son long (2,01 m) sur les dalles en LED de l'OAKA Arena, lançant une vanne à Isaac Bonga devant un Sylvain Francisco hilare. Le néo-meneur du Panathinaïkos pointait les journalistes tous smartphones dehors pour signaler que le moment avait été immortalisé.
Un instant plus tard, Mathias Lessort surgissait d'un couloir pour rejoindre ses coéquipiers et compatriotes. Il n'avait pas fallu plus d'une minute pour être témoin de la nouvelle atmosphère très francophone qui a contaminé les Greens.
lire aussi
Toute l'actualité de l'Euroligue
Ceux-ci partent en reconquête ce jeudi soir contre Paris en Euroligue (20 h 15, en direct sur beIN Sports 3), après l'affront d'avoir vu Olympiakos et Evan Fournier remporter le titre européen sur leur sol (92-85 contre le Real Madrid en finale le 24 mai). Pour y parvenir, ils ont sorti le chéquier (un budget estimé à 55 millions d'euros par des médias locaux), chassant jusqu'à Nikola Jokic - en vain -, ramenant au bercail l'entraîneur de légende Zeljko Obradovic (coach des Greens de 1997 à 2012, vainqueur de 9 Euroligues, dont 5 pendant cette période), constituant un gang inédit de quatre Frenchies, tous internationaux.
Un Gang of Four, tel le jeu de cartes à succès, autour de Lessort : Yabusele, Francisco et Moustapha Fall. Sans compter le Sénégalais Brancou Badio et Bonga, également francophones. « Oui je travaille mon français grâce à eux, racontait mercredi l'ailier allemand d'origine congolaise (RDC) champion du monde 2023 et d'Europe 2025. C'est super, un effectif aussi international. »
Mathias Lessort, intérieur du Panathinaïkos
« Je ne sais pas si on est fous, mais on est nous-mêmes. La France a des cultures mélangées et on apporte cette touche. Mais même quand j'étais seul, ils me disaient que j'étais fou »
« C'est notre French community », sourit le général manager Dimitris Kontos, en pointe du recrutement avec Obradovic, ce dernier ayant fait de Francisco une priorité. Yabusele avait été approché dès février, Fall ayant été enrôlé dès qu'aucun accord ne fut trouvé pour prolonger avec Olympiakos. « Avant leur nationalité, ce sont de bons joueurs, reprend Kontos. Mais avoir cette connexion aide. Mathias servira de guide. Après je vois qu'ils sont... fous ! Mais ils mettent une vibe géniale. Avec eux, on ne s'ennuie jamais. »
lire aussi
Après une année mouvementée, l'Euroligue finalement de retour sur beIN Sports
Du rap US aux rythmes hispaniques en passant par la musique martiniquaise, tout y passe dans l'intimité et la jovialité d'un vestiaire où chacun semble retomber en enfance et peut décompresser. Le quatuor français, à l'initiative de Lessort (2,06 m, 30 ans), qui revit après deux ans de galère avec une jambe blessée et une ultime opération au coude cet été pour repartir à 100 %, a été rassemblé dans le même corner.
« C'est la première fois, hors Championnat de France, que j'évolue avec des compatriotes, et c'est génial. Je leur ai donné quelques adresses, glisse le vice-champion olympique et vainqueur de l'Euroligue 2024. Je ne sais pas si on est fous, mais on est nous-mêmes. La France a des cultures mélangées et on apporte cette touche. Mais même quand j'étais seul, ils me disaient que j'étais fou, hein (rire). »
187
Les quatre Français du Panathinaïkos cumulent 187 sélections en équipe de France : 65 pour Yabusele, 44 pour Lessort, 41 pour Fall et 37 pour Francisco
« Si tu es fatigué, tu vas être réveillé direct », abonde Francisco, qui avait signé à l'Asvel mais a pris la direction de la Grèce en raison des incertitudes financières du club rhodanien. « L'ambiance est incroyable, ça chante, ça rigole, ça danse. C'est un lieu privé où on peut se libérer, s'exprimer. Et être avec les trois mousquetaires, c'est un truc de fou. On dîne tout le temps ensemble, on a fait un trip en bateau. Sur le terrain, on peut parler en français et tromper l'adversaire. Et puis il y a un peu le feeling d'une mini équipe de France, le fait de représenter cette évolution du basket français, qui est partout, en NBA comme en Euroligue. »
Guerschon Yabusele, recrue du Panathinaïkos
« Choisir le Pana était une évidence, pour sa fanbase, ses derbys, son contrat, mais surtout le fait de jouer avec mes potes »
Entre deux des casiers français, on trouve un frigo débordant de canettes d'une boisson énergisante. « On n'avait pas besoin de ça pour être surexcités, mais je me sers régulièrement », explose de rire Yabusele, champion 2023 avec le Real, qui a renoncé à la NBA malgré un intéressant rebond à Chicago, pour poser ses valises trois ans en Grèce. Lui et Lessort sont amis depuis les cadets.
Ensemble, cet été, au gré des routes de Mykonos en quad ou dans les salles de muscu pour enchaîner abdos, poids et séances de boxe, les deux potes ont allié plaisir et préparation physique. « On a tout fait sauf du basket, raconte le "Bear", affiné et plus affuté que jamais. Ce sont des moments où tu construis des liens qui serviront dans les moments difficiles. Choisir le Pana était une évidence, pour sa fanbase, ses derbys, son contrat, mais surtout le fait de jouer avec mes potes. Je n'avais pas ressenti telle alchimie et tel plaisir depuis longtemps. »
Les trois intérieurs hexagonaux pourront s'appuyer sur les conseils d'un autre revenant, Mike Batiste, légende du club, homme-lige d'Obradovic, désormais premier assistant-coach. « Ils savent que j'ai gagné ici dans un profil d'intérieur de petite taille (2,04 m), identique à celui de Mathias (2,06 m), et ils respectent ça, témoigne le triple vainqueur de l'Euroligue (2007, 2009, 2011). Ils cherchent des réponses, posent beaucoup de questions. Ils amènent cette culture française, ce côté blagueur, bruyant et détendu qui se révèle communicatif. Cela participe à créer cette fraternité si importante dans un vestiaire qui veut gagner. »
lire aussi
Euroligue : le Panathinaïkos et l'Olympiakos toujours plus dépensiers, le Real Madrid en embuscade
Le seul manquant à l'appel mercredi était Moustapha Fall (2,18 m, 34 ans), champion d'Europe avec Olympiakos mais blessé (adducteur), comme d'autres cadres (Hayes-Davis, Sloukas, Nunn). Ce qui accentuera le rôle du noyau français à l'aube d'une saison sous le sceau de la mission rédemption après le traumatisme de mai. « On ne pouvait pas faire pire pour le Pana, admet Lessort. On n'était peut-être pas tous prêts à gérer la pression créée par l'organisation du Final Four à domicile. La pression est permanente ici, mais je n'en ressens pas au sens où on vit un nouveau départ, et qu'on ne peut que regarder vers le haut. »
« Renverser l'histoire avec les copains, ce serait juste incroyable. C'est l'objectif », résume et assume Yabusele, impatient d'en découdre avec son nouveau gang.
lire aussi
Le programme de la première journée d'Euroligue
