-By Yann Ohnona
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Vainqueur de l'Euroligue et MVP du Final Four face au Real Madrid dans l'antre du rival Panathinaïkos, l'arrière international Evan Fournier entame une troisième saison avec Olympiakos, ce soir à Vitoria (20 h 30), des rêves de doublé plein la tête...
Il est loin, ce matin du 25 mai. Evan Fournier avait débarqué chez lui à huit heures du matin, gueule enfarinée, écharpe rouge Olympiakos nouée autour du cou comme un trésor, casquette de champion sur le crâne, yeux embués par la fatigue, l'émotion - et quelques vapeurs alcoolisées, peut-être.
C'était son jour de gloire, et la nuit blanche qui avait suivi avait été folie, 80 à 100 000 furieux accompagnant du parc Olympique au port du Pirée le bus des Reds et son Français. L'arrière (2 m), en prélude au titre de champion de Grèce, avait empoché le premier titre majeur de sa carrière à 33 ans, l'Euroligue, après une finale maîtrisée contre le Real Madrid (92-85), dans un rôle qui en fit l'incontestable MVP du week-end athénien.
« Une des plus grandes émotions de ma vie, que je compare à mon mariage », souffle l'enfant de Charenton (Val-de-Marne). « Il me restait peu de souvenirs, bizarrement. J'ai redécouvert ça sur les vidéos après. Tu es comme hors de ton corps, dans un bonheur suspendu, un état de zone et d'adrénaline. Je m'étais imaginé que je courrais partout, hurlerais... et au final, je suis resté très calme. Dans le bus j'étais seul au fond avec Mous (Fall) à kiffer. C'était dingue et beau. »
Une quête élevée au rang de mythe par les locaux du fait de son contexte - accomplie dans l'antre du rival éternel Panathinaïkos, hôte du Final Four. Pourtant, alors que le champion remet son titre en jeu à partir de ce mercredi soir, à Vitoria (Espagne), Fournier évacuait toute euphorie, rejouant le mythe de Sisyphe pour imager la difficulté de la nouvelle ascension qui attend Olympiakos. Car le rocher péniblement emmené sur les cimes de l'Acropole a déjà dévalé la colline athénienne en sens inverse.
« Quel est le mood quand on a tout gagné et qu'on doit repartir ? C'est une première pour moi, je vais découvrir, s'esclaffe le double vice-champion olympique. Le sport est un éternel recommencement. C'est ça qui est affreux... et si beau. On est montés sur le mont Everest de l'émotion et trois mois après, tu repars de zéro, et si tu ne le refais pas, tu es une merde. Il faut évacuer et garder intact ce feu pour la gagne. »
Sur la route se dressera le quatuor français du Panathinaïkos. Un rival encore plus revanchard depuis l'affront du printemps, et la polémique dont a fait l'objet Fournier cet été avec le président controversé des Greens, Dimitris Giannakopoulos. Le Français avait dénoncé sur le média First Team l'atmosphère « toxique » d'un derby devant être une « vitrine », mais tournant au chaos et la bagarre, sur le terrain comme au juridique, avec un propriétaire créant une « ambiance où tout tourne autour des provocations, des insultes. »
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Giannakopoulos avait répondu vertement, exhortant Fournier à « apprendre l'histoire avant de parler ». Après le succès des Reds, une armée d'ouvriers en tenues de cosmonautes avait désinfecté la salle, devant de décoller sur chacun des 18 000 sièges de l'OAKA, des stickers siglés Olympiakos.
« J'ai adoré ce moment », rigole Fournier, avant de revenir sur son rapport au Pana. « Je pense que je n'ai rien dit d'extraordinaire, ni manqué de respect à qui que ce soit, et je n'ai rien à ajouter. Je pense qu'il suffit d'observer pour constater que ce que j'ai décrit est une évidence. C'est un président qui aime son équipe, investit de fou dedans. Je me demande juste s'il est toujours comme ça ou s'il fait juste exprès pour créer des tensions. »
Le prochain derby, potentiellement à la Supercoupe ce week-end, s'annonce déjà explosif.
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