
-By Yann Ohnona

Il aurait pu accélérer le destin, commettre la cinquième faute qui lui aurait valu expulsion du terrain ou demander à son entraîneur Sarunas Jasikevicius de le remplacer. Si Nando De Colo avait ainsi quitté le parquet de LED de l'OAKA Arena, ses derniers pas auraient été accompagnés d'une ovation majestueuse. À la hauteur de l'empreinte que laissera dans l'histoire ce pilier du basket européen. Que beaucoup de fans de Fenerbahçe soient restés à la porte, vendredi, ou que 14 000 fans de l'Olympiakos aient pris d'assaut les gradins n'y auraient pas changé grand-chose.
Mais, même une fois le match plié en faveur des hôtes grecs (69-52, 36e, 79-61 score final), l'arrière international (1,96 m, 38 ans) a pris son temps, laissé s'égrener les dernières minutes et secondes de sa carrière européenne, comme pour s'imprégner des derniers moments, en capter les ondes et en fixer les souvenirs.
357 matches d'Euroligue, six Final Four et deux sacres
De Colo aurait sans doute rêvé retrouver Valence en finale, avec qui il avait connu ses premiers émois européens (Eurocoupe 2010). Il n'en sera rien et on ne verra plus sur les parquets continentaux ses semelles de vent, ses passes aveugles et son instinct unique. À son palmarès, gravés pour toujours, on trouve 357 matches d'Euroligue, six Final Four, deux sacres (2016, 2019 avec le CSKA Moscou) et un chef-d'oeuvre absolu. Il y a dix ans à Berlin, il avait terminé meilleur marqueur du Vieux Continent, MVP de la saison et du dernier carré, relançant la dynamique d'un basket français endormi sur la scène européenne depuis Antoine Rigaudeau en 2001.
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À 38 ans, en sortie de banc, le natif d'Arras, venu au basket par les exploits de l'USVO Valenciennes en Euroligue féminine pendant son enfance nordiste, est loin d'avoir démérité. Il a même été sans doute le meilleur de l'équipe turque, le seul à apporter un peu de lumière à un groupe en perdition face aux barbelés dressés par l'Olympiakos. Stat improbable : avant la 18e minute, aucun panier du Fenerbahçe n'avait été inscrit en son absence du parquet.
Evan Fournier, son ancien coéquipier en équipe de France
« Nando, c'est un ami avec qui j'ai adoré jouer, un grand gagnant, l'ultime professionnel. À ses côtés, j'ai tant appris »
À la sortie, son entraîneur Jasikevicius, qui avait dit de lui à son arrivée en janvier en provenance de l'Asvel qu'il était « comme un coach sur le terrain » ou que « des joueurs comme lui, on n'en fait plus », en a rajouté une couche : « J'ai déjà tellement parlé de Nando. Que voulez-vous que je dise de plus ? C'est l'un des grands de ce jeu. On pourrait en parler pendant des heures. Regardez juste ce dernier match : il est le seul du Fenerbahçe à avoir un plus/minus positif (+ 3). »
L'ex-Choletais a fini avec 6 points (2/3 à 3 points), 1 rebond, 1 passe, 3 fautes provoquées en dix-huit minutes, permettant aux Turcs d'espérer momentanément, à l'approche de la mi-temps (24-33) et dans le money-time (52-61, 34). Insuffisant face à la détermination du MVP Sasha Vezenkov, sorti de la boîte en deuxième période (16 points), Alec Peters (17 à 7/7 au tir) ou d'Evan Fournier (10 points à 3 sur 11, mais plusieurs tirs importants et, surtout, 4 rebonds et 4 passes précieux).
À la sortie, l'arrière français des Reds, qui va disputer sa première finale d'Euroligue, rendait un hommage appuyé à celui auquel il avait passé l'argent olympique en 2021, sur le podium de Tokyo, autour du cou : « Notre moment le plus fort, assurément. Pour moi, Nando, c'est un ami, un partenaire avec qui j'ai adoré jouer, un grand gagnant, l'ultime professionnel. À ses côtés, j'ai tant appris. Avec ce qu'on a vécu ensemble, notre connexion est pour la vie. »
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Assailli à la sortie, la voix étranglée par l'intensité des émotions affluant soudainement, De Colo tentait d'évacuer : « Ça va, ça va... on aura le temps de repenser à tout ça. J'aurais aimé que ça se finisse autrement. Mais j'ai vécu de bons moments, accompagné de ma famille et de mes amis. Évidemment, il y a toujours ce moment particulier, quand le match se finit, que tu vois ta famille, et... (ému). Il y a juste beaucoup d'émotions », lâchait le sextuple médaillé avec les Bleus, champion d'Europe (2013) et double vice-champion olympique (2021, 2024), adressant, avant de quitter la scène, un dernier voeu à son camarade de conquête en équipe de France, Fournier. « Qu'il soulève enfin le trophée ! »
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