
-By Yann Ohnona

C'est un très grand du basket français qui a tiré sa révérence ce vendredi. Nando De Colo est désormais à la retraite, et le Nordiste part avec un dernier trophée, celui de champion de Turquie, conquis avec Fenerbahçe. Un peu plus tôt cette saison, avant de disputer son sixième Final Four d'Euroligue (défaite en demi-finales face au futur vainqueur Olympiakos), le double médaillé d'argent olympique avait pris le temps de nous raconter ses plus grands souvenirs européens.
Sur son départ de l'Asvel et son sixième Final Four
« À l'exception de la NBA, une situation particulière, je n'avais jamais quitté une équipe en cours de saison. Mais c'était particulier. Quand j'ai dit que ''j'en voulais à l'Asvel'' (au Progrès fin avril), ce n'était pas l'entité Asvel, mais les personnes en charge. Quand tu as des réunions avec ces personnes et qu'on te dit clairement que cette année, l'équipe n'est pas l'objectif, quand tu vois qu'on est très peu à vouloir quelque chose de la saison, c'est compliqué à entendre. Donc quand une opportunité comme ça se présente, tu te dis OK.
J'ai accepté beaucoup de choses pendant trois ans et demi. C'est peut-être le moment de penser à moi et d'essayer de finir sur la meilleure note possible. On s'est demandé avec ma femme si ça valait le coup de tout chambouler si près de la fin. La perspective de viser des objectifs élevés, dans un contexte basket d'élite, a fait basculer la décision. C'est mon sixième Final Four, mais j'en profite d'autant plus que quand tu en vis cinq de suite (de 2015 à 2019), tu finis par croire que ça va être tous les ans. Là, j'ai attendu sept ans. »
Sur l'équipe (féminine) qui a éveillé son feu pour l'Europe
« J'étais jeune. Cela va peut-être moins parler aux gens, mais j'ai été élevé dans le basket féminin. En toute logique, pour moi qui étais dans le Nord, mes premiers souvenirs renvoient à l'USVO Valenciennes (victorieuse de l'Euroligue 2002 et 2004, finaliste 2001 et 2003, De Colo a alors entre 14 et 17 ans). Ce n'était pas loin de chez moi, je suis allé voir quelques matches. Ma grande soeur, plus tard, a joué à Villeneuve-d'Ascq...
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Dans mes années minimes, j'adorais Ann Wauters. Je commençais à m'intéresser à la tactique, aux positions sur le terrain, et le poste 4 était très intéressant car tu n'avais pas la pression de la montée de balle, mais tu pouvais développer un gros QI basket et être un deuxième meneur sur le terrain. Elle m'impressionnait pour ça. Ce n'est que plus tard, quand j'ai commencé les camps basket à Cholet, que je me suis penché plus sur les compétitions masculines. »
Sur la défaite qui l'a construit, en 2009
« La défaite en finale de l'Eurochallenge 2009 (75-77 contre la Virtus Bologne) est restée et m'a appris beaucoup rétrospectivement. Je rentrais peu à peu dans le monde pro, je ne me focalisais pas encore sur l'Euroligue, plutôt sur nos matches à nous avec Cholet. Jouer une finale à l'extérieur, dans une ambiance hostile, une première finale, alors que personne ne nous attendait à ce niveau, ça compte.
On se retrouve à Bologne contre Bologne, je finis meilleur marqueur (24 points). J'ai revu l'action finale il y a quelques années. J'ai la balle de la gagne à trois points. Il y a deux fautes sur mon tir. Rien n'est sifflé. Sur le moment, tu ne réalises pas. C'est seulement après que tu réalises que tu t'es fait voler. Il y en a quelques-uns comme ça, comme la finale de l'Eurocoupe 2012 au Khimki Moscou (68-77 avec Valence), aussi, qui m'a laissé un goût amer. Mais c'est comme ça et ça participe à te construire. »
Sur la barre des 5 000 points
« Dépasser la barre des 5 000 points en Euroligue (cette saison, 5 187 avant la demi-finale contre Olympiakos), c'est quelque chose. Cela va devenir plus facile à l'avenir car il y a de plus en plus de matches. Cela deviendra peut-être une stat banale. Mais ça dit quelque chose. Car dans mon cas, je ne me suis jamais considéré comme un scoreur pur. J'ai toujours fait ce dont l'équipe avait besoin pour être meilleure, tout en prenant ce que m'offrait le jeu. Mon père me disait tout petit de relancer la balle et d'attendre qu'elle me revienne. Alors c'est beau d'en arriver là. Même si j'ai toujours cherché l'efficacité avant tout.
Une autre stat comme l'évaluation (2e de l'histoire de la compétition derrière Mike James aussi) compte, tout comme le fait d'avoir réussi autant de saisons à 50 % à 2 points, 40 % à 3 points et 90 % aux lancers francs. C'aurait été sympa d'avoir été meilleur marqueur de l'histoire, même quelques semaines, malheureusement je me suis blessé au moment où Mike James a doublé Vassilis Spanoulis. Mais il aurait fini par me passer devant de toute façon (il rit.) »
Nando De Colo reste, pour quelques mois encore, le meilleur marqueur des Coupes d'Europe, toutes coupes confondues avec 5 992 unités. Mike James, qui en est à 5 916 au terme de cette saison, devrait dépasser ce total dans la saison à venir. « C'est encore plus signifiant, car Nikos Galis détenait ce record officieux, un véritable dieu vivant, ici à Athènes et en Grèce. »
Sur le moment où il posa la main sur l'Europe et le Final Four 2016
« La vraie année, c'est 2016. Tu es MVP, meilleur marqueur, deux gros matches au Final Four (30 points en demi-finales, 22 en finale dont 10 en prolongation et 8/8 aux lancers francs), à Berlin. Je deviens le premier depuis Antoine Rigaudeau en 2001 à être champion. On n'était pas encore beaucoup à l'époque, à être performants en Europe. Je ne vais pas dire qu'on a ouvert la voie, mais en 2016, le seul qui se montrait un peu était peut-être Thomas (Heurtel). Après, Fabien (Causeur) est arrivé, et plein d'autres, de plus en plus, avant que le basket français finisse par attiser l'intérêt de tous les grands clubs d'Europe.
L'une des choses dont je suis fier également dans ma carrière, c'est de compter six nominations dans les équipes références (premier ou deuxième cinq), qui montrent ma constance à ce niveau. (...) Alors j'en parlais avec des coéquipiers, qui me demandaient si c'était banal ou si je ressentais de la pression de revenir. La pression est là, mais il faut qu'elle soit là. Les gens me disent de profiter. Mais pour moi, profiter, c'est être moi-même, c'est être sérieux, faire le maximum pour aller au bout. Je vais penser à moi, à mon équipe. Revenir, c'est génial, car c'est quelque chose que je n'attendais pas en début de saison. Je suis heureux de pouvoir ainsi boucler la boucle. »
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