
Il n'a passé qu'une saison en Betclic ÉLITE mais il y a marqué les esprits à jamais. Et pourtant il n'y a pas remporté le titre de champion de France. Mais avec une équipe spectaculaire, efficace et charismatique, Tuomas Lisalo est allé chercher la Leaders Cup à Saint-Chamond puis l'EuroCup en dominant en finale un autre club français, la JL Bourg. Dans la foulée de sa saison au Paris Basketball, le technicien finlandais a rejoint l'univers NBA et les Memphis Grizzlies. Nommé assistant-coach, il a ensuite été promu n°1, au cours de la saison 2024-2025, signe de son ascension rapide au plus haut-niveau mondial. Pour LNB.fr, l'ancien joueur professionnel a accepté de revenir sur son actualité et son lien conservé avec le championnat de France via Paris.
Vous êtes passé par Paris lors de l’exercice 2023-2024. Suivez-vous toujours le club ? Que pensez-vous de leurs résultats sur ces deux dernières années ?
Je les suis d’assez près. Je n’ai pas vraiment le temps de les regarder jouer. Je suis toujours en contact avec les assistants qui étaient là. Je suis aussi mes anciens joueurs dans les différentes équipes pour lesquelles ils évoluent aujourd’hui. Paris est vraiment l’équipe que je suis le plus. Je suis très heureux et très fier que nous ayons réussi à construire les fondations des succès futurs du club, parfaitement illustrés par les deux dernières campagnes d’Euroligue. On a travaillé tellement dur pour en arriver là.
Vous êtes toujours en relation avec vos anciens joueurs ?
J’échange pas mal de messages avec Nadir Hifi, Sebastian Herrera, et tous les joueurs qui étaient là avec moi, mais aussi avec Julius Thomas, qui est aujourd’hui l’entraîneur principal (interview réalisée avant son départ, NDLR). Sans oublier ceux qui ont quitté le club, que ce soit Collin Malcolm, Leon Kratzer, Tyson Ward ou T.J. Shorts. On était un groupe très soudé, et c’est génial de les voir réussir dans des environnements si différents.
Tyson Ward a remporté l’Euroligue avec l’Olympiakos cette saison, avez-vous pu le féliciter ?
On a toujours notre groupe WhatsApp, donc ça a été un déluge de compliments depuis sa victoire lors du Final Four. On est toujours très heureux pour les succès des uns et des autres. Je lui ai dit qu’il était un vrai « serial winner », qu’il gagnait partout où il passait (rires). Pour un joueur, c’est la plus belle chose que l’on puisse dire. Je suis franchement très heureux pour lui, parce que lors de notre première année à Bonn, on s’est pas mal pris la tête. Mais on s’est très vite rapprochés, notamment grâce à notre envie de gagner. Je suis très heureux de le voir réussir, de le voir grandir et devenir un très grand basketteur.
Peu responsabilisé au Panathinaïkos, publiquement critiqué par Ergin Ataman lors des Playoffs de l’Euroligue, T.J. Shorts a lui connu une année plus compliquée…
T.J. n’a connu que le succès depuis sa sortie de fac. Chaque saison, il a réussi à faire mieux encore que la précédente, ce qui n’arrive jamais (rires). Mais il y a parfois des coups d’arrêts. On en a parlé ensemble, cette expérience va le rendre plus fort encore. Pour continuer de progresser, il faut faire face à des obstacles. Et il en a rencontré beaucoup cette année. Il était déjà très fort mentalement, donc il va encore franchir un cap. Et tirer profit de cette situation sur le long terme.
Vous avez remporté l’EuroCup et la Leaders Cup avec Paris, quel est le premier souvenir qui vous vient à l’esprit lorsque vous pensez à votre année dans la capitale ?
The One Ball (le centre d’entraînement de Paris ) ! Les gens pensent qu’il faut forcément avoir des infrastructures de top niveau pour réussir, et s’attendaient logiquement à ce que ce soit notre cas. Les gens en Finlande me disaient d’ailleurs que je devais avoir des conditions d’entraînement exceptionnelles. Ce qui n’était pas le cas bien sûr. Mais on l’a fait ! On a réussi à s’entraîner dans une sorte de cage, sur des petits terrains, avec des paniers très proches des murs, etc. On y est arrivé et ça en dit long sur notre capacité à trouver des solutions, et sur notre solidité. On aurait pu se trouver des excuses, on a préféré s’offrir des solutions.
Votre ex-assistant Julius Thomas a remplacé Francesco Tabellini sur le banc du Paris Basketball en cours de saison. Que pensez-vous de ses grands débuts en tant qu’entraîneur principal ? A-t-il le potentiel pour devenir un grand coach ?
Je l’ai rencontré à l’été 2022, lorsqu’il entraînait la 2e équipe de Bonn. On m’a dit : « On a un jeune coach très talentueux et prometteur, et on aimerait que tu travailles avec lui ». On a donc passé quelques jours ensemble, on a beaucoup discuté, et j’ai vite vu qu’il était très intelligent. Que sa vision du basket était similaire à la mienne. On a donc développé une excellente relation là-bas, sachant qu’il intervenait déjà sur les entraînements. Il a gagné en expérience, et c’est une des raisons pour lesquelles j’ai souhaité qu’il me suive à Paris. Il était très prometteur. Et son passage avec Tiago Splitter a été très important aussi, car il a amené de la continuité entre les deux coaching staffs. Ça l’a fait grandir. Je suis très heureux et très fier de le voir aujourd’hui dans cette position. Il m’a d’ailleurs contacté avant d’accepter sa nomination à la tête de l’équipe. Je lui ai dit qu’on n’était jamais vraiment prêt pour ce genre de chose, mais que le plus important était de donner le meilleur de soi-même. Et il a fait un travail admirable depuis.
Y a-t-il des choses propres à la formation européenne qui vous ont aidé à réussir en NBA ?
Il y a autant d’avantages que de défis à relever en venant d’ailleurs. J’ai toujours eu un background différent, dans chacune de mes expériences. Quand j’ai quitté le championnat finlandais pour l’Allemagne par exemple. On fait comme les joueurs, on essaie de capitaliser sur les avantages que nous avons. On mise sur notre avantage concurrentiel.
Quels sont les principaux ajustements que vous avez dû faire ?
Une des principales différences, c’est qu’en Europe, chaque match compte vu qu’il y a moins de matchs ici. Lorsque j’étais à Paris, nous avons disputé la Leaders Cup, où nous avons joué 3 matchs à élimination directe. Idem lors de l’EuroCup, où nous avons joué un match couperet contre Badalone avant de démarrer nos séries de Playoffs. Ça souligne le sentiment d’urgence dont il faut faire preuve, et l’importance de chaque rencontre. L’autre différence majeure, c’est le calendrier. Il y a tellement de matchs qu’on a très peu de temps pour s’entraîner. Et l’entraînement a toujours été un ingrédient important de mon succès. Donc il a fallu trouver d’autres moyens de progresser et de se développer. Une contrainte que les équipes d’Euroligue rencontrent également.
Y a-t-il une chose, dans votre parcours, qui vous a particulièrement servi en arrivant aux Grizzlies ?
Ce qui m’a aidé en arrivant ici, c’est que nous n’avons jamais vraiment coaché d’équipe avec un gros budget en Europe. Même lorsque nous étions à Paris, l’ASVEL et Monaco étaient mieux lotis que nous. Idem pour certaines équipes d’EuroCoupe. Il nous a donc toujours fallu être capable de trouver d’autres solutions.
Vous avez porté le maillot de la Finlande entre 2006 et 2011. Avez-vous pour objectif de devenir un jour sélectionneur national ?
Pas vraiment. Même si on y pense forcément à un moment donné. Entraîner en club tout en portant la casquette de sélectionneur national, c’est un vrai défi. Peut-être qu’en étant ancré de longue date dans un club, c’est quelque chose qui peut s’envisager, mais cela impacte immanquablement la préparation. Un stade de la saison que j’estime particulièrement important. D’autant que j’apprécie vraiment travailler quotidiennement pour mon club, donc je ne peux pas dire que je pense à prendre les rênes de l’équipe nationale. Cela dit, il y a déjà un Iisalo dans le staff de la sélection finlandaise puisque mon petit frère Joonas y évolue en tant qu’assistant de Lassi Tuovi, qui est lui-aussi un excellent entraîneur. Je sais donc qu’ils sont entre de bonnes mains. Mais ce qui est drôle, c’est que c’est l’équipe que je suis avec le plus d’émotions. Je suis d’ailleurs très fier d’avoir porté le maillot national, et de faire partie de cet héritage alors que le pays est en train de se faire un nom sur la scène internationale. Chaque été, je m’arrange pour aller voir les entraînements de la sélection dans la région d’Helsinki, histoire de retrouver les coachs et les joueurs. C’est quelque chose que j’adore.