
-By Yann Ohnona

Evan Fournier était suspendu dans les airs, en déséquilibre pour échapper à la défense de Fenerbahçe. Alors, quand son tir à 3 points a transpercé la cible ce vendredi, mettant un point final au suspense (61-49, 34e, 79-61 au final), il a tapé sa tête de son poing et enfin laissé éclater ses émotions, haranguant les 14 000 furieux ayant investi l'OAKA Arena.
Après une vaine orgie offensive l'an passé (31 points, défaite 68-78 en demies contre Monaco), l'arrière international (2 m, 33 ans) a livré une partie plus maladroite (10 points, 3/11), mais plus consistante au soutien des siens (4 rebonds, 4 passes). À l'image d'une saison placée sous le signe d'un seul objectif : remporter le premier titre international de sa carrière. « Si on gagnait, cela me ferait plus plaisir pour nos fans », disait avant le Final Four le champion de Grèce 2025, son premier titre chez les pros. On n'est pas obligé de le croire.
Comme il vaut mieux ne pas se fier aux pronostics qui font de son Olympiakos un immense favori face au Real, club aux 11 couronnes, ce dimanche soir. « Je ne connais pas d'équipe plus dangereuse qu'un Madrid outsider », a écrit sur X avec sagesse Fabien Causeur, sacré avec le Real en 2018 et 2023. Même avec une raquette dépeuplée (Tavares, Len et Garuba, touché au tendon d'Achille vendredi, out), son maître à jouer Sergio Scariolo, qui a à peu près tout gagné à l'exception d'un titre en Euroligue, saura trouver quelque sortilège pour élever les siens.
Dans une atmosphère plus que favorable, la possibilité d'offrir un quatrième titre à Olympiakos (après 1997, 2012, 2013), a fortiori dans l'OAKA, antre du rival Panathinaïkos - affront suprême -, habitera Evan Fournier, devenu une icône au Pirée. Plusieurs proches à Athènes racontent ce que son arrivée a changé.
Nikos Lepeniotis (manager général d'Olympiakos) :
« Jamais vu pareil engouement en dix-neuf ans »
« On s'était rencontrés en finale du Final Four 2022, à Belgrade. On lui avait donné notre carte en disant, en plaisantant, que s'il envisageait un jour de rentrer en Europe... Jamais je n'aurais imaginé que cela se fasse. La porte s'est ouverte en août 2024, ça s'est fait en une semaine. Le plus important était de connaître la motivation réelle d'un joueur sortant de douze ans de NBA, ayant gagné beaucoup d'argent, qui allait débarquer dans un endroit aussi particulier que la Grèce. Nous n'avions pas pris la mesure de son professionnalisme, son côté compétitif, gagneur, et du feu qui l'animait. La manière dont les fans l'ont adopté en témoigne. Il a créé une connexion immédiate, il les respectait déjà, ils se retrouvent sur l'état d'esprit. En dix-neuf ans à Olympiakos, je n'avais jamais vu pareil engouement pour un joueur à son arrivée. Ce qu'il apporte est incontestable sur le terrain. Mais il met en plus en valeur la marque Olympiakos. 80-90 % des maillots vendus sont le sien et celui de Sasha Vezenkov. »
Simon Reverchon (chef-cuisinier d'Evan Fournier) :
« Je suis son carburant »
« Mes grands-parents avaient un bar-restaurant dans le Jura, le Café de Paris. Je cuisinais avec ma grand-mère. J'ai fait mes classes de 16 à 18 ans au Martinez, à Cannes, et vécu plusieurs aventures, en Australie, à Orlando (chez Bocuse). J'ai contacté Evan par Snapchat - un message sur des bonbons. C'est parti d'une blague, on a fait un essai en juillet 2016. Depuis... Je le suis partout, et c'est comme si c'était la famille. Ç'a changé ma vie du tout au tout. Après avoir appris dans des étoilés, j'ai tourné ma cuisine vers la performance. J'ai bossé avec la nutritionniste du Magic au début. Celle des Bleus aujourd'hui, Gladys Dibling, fait des menus et recommandations, et j'adapte. Grâce à Evan, j'ai pu cuisiner pour les Bleus aux JO, un rêve. Ici en Grèce ce n'est que du bonheur, des bons produits. Mon importance dans sa réussite ? Je le dis en toute modestie, mais elle est grande. Car la nourriture a un impact déterminant sur son corps, sa résistance à l'entraînement, sa récupération... Je suis son carburant. Et il y a un énorme travail à faire pour que ce fuel soit de la meilleure qualité, encore plus maintenant qu'il est un vétéran. »
Sasha Vezenkov, coéquipier de Fournier à Olympiakos
« Les gens lui sautent dessus dans la rue, le traitent comme un roi »
Sasha Vezenkov (coéquipier et MVP de l'Euroligue) :
« Il a retrouvé la passion »
« Avec Evan, on parle basket, mais surtout d'autres choses. On sent qu'il est passionné. Il parle de culture, du jeu, mais aussi de la Grèce, des meilleurs restos... Il est non seulement talentueux mais véhicule une éthique de travail unique. Il a un caractère très compétitif, jusqu'aux concours de tirs du milieu du terrain à l'entraînement. Il est toujours à 150 %, veut tout gagner. Nous avons des trajectoires différentes puisque lui est allé jeune en NBA et est revenu douze ans après tandis que moi, j'y suis allé tard pour en revenir après à peine une saison. J'essaie de garder des choses de ce qu'il me transmet. Ici, il a retrouvé la passion, la sienne et celle des fans. Il avait perdu ça en NBA. Les gens lui sautent dessus dans la rue, le traitent comme un roi. »
Stefanos Triantafyllos (assistant-coach) :
« Un junkie, drogué au basketball »
« Evan est un junkie, il est drogué au basket. Il a besoin d'attention car c'est un bosseur acharné. Il veut travailler en individuel tout le temps, aime tout comprendre. Il vous écrit à 1 heure du matin pour des extraits vidéo d'une séquence qu'il veut étudier, ou partager des systèmes qu'il aimait en NBA ou en équipe de France, des idées... Il me demande qui sera son adversaire direct, des conseils sur comment le jouer. Il aime être précis dans l'exécution. Depuis qu'il est là, il s'est plongé dans le basket européen, et même grec. Il connaît les classements de la ligue, souvent mieux que nous (rire). Il s'est immergé dans la culture culinaire et je suis son fournisseur officiel de bonnes adresses. Je n'ai jamais vu un joueur aussi dévoué. Le talent, c'est une chose. Mais ce caractère explique pourquoi il a réussi. Tous les doutes que je pouvais avoir sans le connaître étaient infondés. C'était l'inverse. À l'entraînement, il peut passer deux heures sans s'asseoir. Même sur le banc, il passe son temps à dribbler. Il fait du shadow basket, comme du shadow boxing, s'entraîne en imaginant tous les scenarios possibles du match à venir. Le basket coule dans ses veines. »
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