
-By Yann Ohnona

« Vous avez l'air épuisé après cette victoire en finale de l'Euroligue (92-58)...
Je suis K.-O. Plein de sentiments me traversent. Le premier c'est... Sergio Scariolo (coach du Real Madrid), il fait vraiment ch... Quel coach, bordel ! Quel coach de matches couperets. Je le lui ai dit. C'est une atrocité de jouer contre lui. Il est insupportable, précis à l'extrême sur son plan de jeu. À son image, les joueurs du Real ont été vaillants. Quand Usman Garuba s'est blessé en demi-finales (90-105, rupture du tendon d'Achille), la vérité, c'est que je me suis dit : m... Ils vont nous proposer que du jeu avec cinq gars au large. Ça va jouer du un-contre-un, tirer dans tous les sens. Et sur un match comme ça, où tu lances n'importe quoi, s'ils ratent tout, ça va. S'ils mettent tout, comme ils ont commencé ce (dimanche) soir, tu es dans la merde. Et là on s'y est mis.
À + 6 et quarante secondes à jouer, on vous voit aller voir tout le monde et appeler au calme. Vous sentiez le coup de Trafalgar à venir du Real (revenu après un concours de circonstances inimaginable, au point d'obtenir le tir de l'égalisation manqué par Andres Feliz) ?
Je sais que ce n'est jamais fini. Là, par exemple, je prends le rebond, je me fais pousser, mais je ne sais pas où je balance la balle, boum, lay-up. Tu vois, c'est le basket. Je pense qu'il faut se mettre dans la peau des adversaires. Je n'ai fait que ça pendant 24 heures. Je me suis dit : je suis Madrid, comment je réfléchis ? Comment je prépare mon match ? Là, c'est pareil, ils sont à 35 secondes, 6 points à remonter. C'est chaud, mais... tu t'allonges ou tu donnes tout ? Ils ont une équipe de gagnants. Ils l'ont prouvé.
« Le seul endroit où je suis resté plus longtemps c'était Orlando (sept ans). Peut-être que je dépasserai ça avec Olympiakos ? Ce qui est sûr, c'est que je veux terminer ma carrière ici »
Cela fait 17 ans que vous attendiez un titre majeur. Comment l'appréhendez-vous, maintenant que c'est fait ?
Je suis très content. Cela n'efface pas tout ce que j'ai vécu, les déceptions, les deuxièmes places. Mais je suis fier, ému de voir ma mère pleurer, ma femme vivre ces émotions, et de pouvoir offrir ce sacre à ce peuple. Je n'ai pas de soulagement. Mais je suis heureux. Ma connexion avec les fans d'Olympiakos, ce qu'ils me donnent depuis mon arrivée, est quelque chose d'unique. Et là, le fait qu'on gagne, à l'OAKA du Panathinaïkos en plus, je pense que ça va me faire passer dans une autre dimension ici. Quand j'ai signé ici, je n'étais jamais allé en Grèce. Mais la façon dont cette organisation, cette équipe, ces fans m'ont accueilli, c'est impossible de ne pas me sentir comme à la maison. Je suis là depuis deux ans. J'ai deux ans de plus dans mon contrat. Le seul endroit où je suis resté plus longtemps c'était Orlando (sept ans). Peut-être que je dépasserai ça avec Olympiakos ? Ce qui est sûr, c'est que je veux terminer ma carrière ici.
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En équipe de France aux Jeux Olympiques de Paris (médaille d'argent), vous aviez été décisif en sortant du banc. Comme cette année avec Olympiakos en Euroligue. Y a-t-il un lien à établir entre ces deux compétitions et cet ajustement tactique ?
Tu gères le match différemment. Quand tu es starter, tu donnes le ton. Quand tu sors du banc, tu peux analyser et adapter ce que tu dois apporter - plus de scoring, d'agressivité, ou au contraire si l'attaque va bien, plus de dureté, de rebond, ou si on manque de playmaking, faire bouger la balle. La visualisation est différente.
Je me suis épanoui dans ce rôle cette année. Cela fait aussi partie des gros clichés qui me poursuivent, que je suis soi-disant égoïste, des trucs comme ça. Alors que j'ai toujours joué pour gagner. Je ne me suis jamais intéressé à quoi que ce soit d'autre. J'ai envie de performer, bien entendu, mais j'ai toujours été un joueur d'équipe. J'ai compris que cette année, il y avait un gars chaud (Tyler Dorsey), toujours bon dans les premiers quarts. Alors, aucun problème à sortir du banc. Je sais qui je suis, ça ne rabaisse pas le joueur que je suis. Je vais aider l'équipe quand même, autrement.
« On a pu me reprocher, en équipe de France, quand ça bafouillait un peu, de vouloir forcer. Je ne suis pas toujours dans la justesse, certes, mais faire un pas de côté et nous voir perdre, je ne pourrai jamais l'accepter »
Vous êtes le détonateur dans le deuxième quart (11 points) et tous les ballons passent par vous dans le money-time. Comment gérez-vous cette pression, psychologiquement ?
C'est un ressenti, dur à décrire. Tu sens que les gars commencent à regarder à droite à gauche, qu'il commence à y avoir plus de pression. Je suis là pour ça. C'est mon job. Depuis que je suis gamin, je fais ça. Je n'ai jamais reculé devant ce genre de challenge. On a pu me le reprocher par le passé, des fois, en équipe de France, quand ça bafouillait un peu, de vouloir forcer les situations, comme à la Coupe du monde. Je ne suis pas toujours dans la justesse, certes, mais j'essaie de faire un truc. Parce que juste faire un pas de côté et nous voir perdre, c'est quelque chose que je ne pourrai jamais accepter. Des fois, ça marche, des fois pas. Mais je ne peux pas juste être spectateur. Il faut que je sois acteur. C'est une partie de mon rôle, une partie de qui je suis.
Vous avez toujours clamé votre amour pour les fans d'Olympiakos, notamment via un tweet en 2022. Vous disiez que vous rejoindriez le club si vous signiez en Europe. Après ce titre en Euroligue, quelle est la suite pour vous ?
Le titre en ligue grecque... Les Verts nous attendent ! Mais oui je vais être honnête, quand j'ai tweeté ça en 2022, je ne pensais pas que ma carrière prendrait ce tournant si vite. En 2022, je sortais de ma saison avec les Knicks, j'avais brisé un record de franchise vieux de 30 ans. J'étais dans une bonne situation. En un an, je suis passé de briser des records à ne plus jouer. En 2024, j'ai eu l'opportunité de ce nouveau défi. J'ai sauté dessus. J'étais concentré sur Olympiakos tout le temps.
Si un jour je devais retourner en Europe et que j'avais le choix daller ou je veux, je pense que j'irais a l'Olympiacos. Cest quand meme un sacré club #F4GLORY
— Evan Fournier (@EvanFourmizz) May 21, 2022
Vous avez brisé la "malédiction du premier" (jamais le leader de la phase régulière n'avait été sacré depuis 2016). Est-ce une chose qui vous a traversé l'esprit ?
C'est la dernière chose qui me soit venue à l'esprit. Je vais être honnête, on s'en foutait. Quand nous avons terminé la saison, des rumeurs disaient qu'on devait perdre quelques matches. Georgios Bartzokas nous a dit que nous devions finir premiers. Nous voulions gagner. Quand vous jouez pour cette équipe, c'est pour gagner à chaque fois. Et maintenant, être la première équipe à réaliser ça, c'est encore plus savoureux. »
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