
-By Sami Sadik

« Le foie gras ? C'est quoi ? » Dans les salons de Roland-Garros vendredi dernier, Patrick Beverley était encore en apprentissage gastronomique. Désormais joueur de Boulazac, le meneur aux douze saisons NBA peut compter sur ses nouveaux frères d'armes. « Le Périgord c'est pas mal pour manger. En plus, il est amateur de vin donc on va l'aider à découvrir », sourit le capitaine Thomas Ville.
Lundi, Beverley était pile à l'heure à l'Agora, ancienne salle du BBD. Avant la reprise en Betclic Elite, contre Roanne samedi soir (18 heures), l'ancien pitbull défensif de Houston et des LA Clippers s'est fait tirer le portrait, maillot noir sur le dos puis maillot azur, avant de raconter ce tournant inattendu.
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« C'est la question de l'été : pourquoi avez-vous choisi de signer à Boulazac ?
J'ai eu plusieurs offres, mais j'ai aimé ce que m'a proposé le club. Je pense que je peux laisser une vraie trace ici. Ceux qui me connaissent savent que j'aime les défis. Tout le monde en France s'attend à ce qu'on finisse en bas du classement. Oui, le chemin sera difficile, mais je viens ici pour jouer les play-offs dans une ligue où les qualités athlétiques sont ce qui se rapproche le plus de la NBA.
« Quand j'ai dit à Nicolas Batum qu'il y avait une chance que je signe à Boulazac, il m'a expliqué à quel point le Championnat devenait compétitif »
Comment ont réagi vos proches, vos anciens coéquipiers en NBA ?
Tout le monde était surpris. Des amis, des coaches voulaient que je signe dans un plus grand club. Mais à mon âge, je pense seulement à l'héritage que je vais laisser. Parfois, quand vous allez dans ces grosses équipes, vous savez que vous allez gagner la plupart des matches, que vous allez faire un Final Four ou un long parcours comme la saison passée (finaliste de la Coupe d'Europe FIBA avec le PAOK). Je voulais un défi qui me motive chaque jour, et c'est d'amener Boulazac en play-offs.
Vous avez joué avec Nicolas Batum en NBA. L'avez-vous contacté avant de signer ?
Avec Nico, on se connaît depuis le Mondial U19 en 2007. C'est un très bon ami, un de mes coéquipiers préférés (aux LA Clippers puis Philadelphie). Quand je lui ai dit qu'il y avait une chance que je signe à Boulazac, il m'a expliqué à quel point le Championnat devenait compétitif. J'ai vu les talents français en NBA : Rudy Gobert, Evan Fournier et maintenant Victor Wembanyama. Avant, l'Espagne et la Serbie étaient les plus proches des États-Unis. Mais la France les a doublées. C'est aussi pour ça que je suis venu.
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Comment s'est passée votre intégration dans l'équipe ?
Beaucoup de gens s'imaginent que j'allais arriver en bombant le torse. Mais je ne suis pas comme ça. La première fois que j'ai mis les pieds dans la salle, je sortais d'un vol de douze heures, de deux heures et demie de voiture, et des tests médicaux, et je voulais déjà m'entraîner (sourire). Certains étaient choqués. Au début, je peux déplaire, mais dès que vous passez du temps avec moi, vous comprenez que je veux juste gagner. Je suis un addict du basket. Je respire pour ça. C'est ma vie depuis plus de 20 ans.
Au vu de votre carrière, êtes-vous attendu comme le leader du BBD ?
Ceux qui connaissent mon caractère savent que je suis un mâle alpha. J'aime le leadership, j'aime être critiqué quand on perd. Je veux être le leader dans chaque équipe pour laquelle je joue et je veux y laisser mon identité. On l'a vu avec le PAOK Salonique, qui n'était pas l'une des meilleures équipes en Grèce et qui rêve maintenant de l'Euroligue. Pareil avec l'Hapoël Tel-Aviv qui a rejoint l'Euroligue après mon départ (*). Et même pour Minnesota en NBA. Ils n'avaient pas fait les play-offs depuis longtemps (une apparition entre 2004 et 2022) quand on a réussi à se qualifier. Depuis, ils n'ont jamais manqué la phase finale. J'ai toujours pu apporter cette étincelle pour booster mes coéquipiers.
(*) Beverley avait quitté le club avant la fin de saison 2024-2025.
Vous n'avez plus joué en NBA depuis 2024. Est-ce que le basket américain vous manque ?
Je le vois différemment puisque ma carrière a commencé en Europe. J'ai appris à être un joueur pro en Ukraine (avec le BC Dnipro, en 2008-2009). Ensuite, j'ai eu la chance d'aller en NBA, mais je n'oublie pas d'où je viens. J'ai joué dans la meilleure ligue au monde, mais en Europe aussi, j'ai pu jouer pour certains des meilleurs entraîneurs. Je continue à aimer le basket, la préparation des matches, les trajets en bus, et les victoires.
Que retenez-vous de vos douze saisons en NBA ?
Le principal souvenir, c'est que chaque superstar avec laquelle j'ai joué me voulait vraiment dans son équipe. Et pas pour agiter une serviette sur le banc ou tenir le vestiaire. Ils me voulaient avec eux, dans les tranchées. Kawhi Leonard (LA Clippers), James Harden (Houston), Anthony Edwards (Minnesota)... Ils voulaient que je sois là.
« Les play-offs, ce serait l'objectif de l'équipe. Je veux qu'on y soit compétitifs, qu'on surprenne un maximum de formations »
Vous étiez cantonné à des missions défensives en NBA. En Europe, est-ce l'occasion de jouer avec un plus grand rôle ?
Oui, et ça s'est vu sur le parquet. J'ai battu un record de passes décisives avec le PAOK (13, contre le Panathinaïkos en demi-finales). Mon jeu est différent de ce que je pouvais montrer en NBA, parce qu'il y a moins d'espaces et bien sûr parce que mon rôle n'est pas le même. Je peux scorer, je peux créer en plus de défendre et de prendre des rebonds. C'est naturel, en tant que leader, il faut faire une multitude de choses et j'accueille ce challenge à bras ouverts.
À quoi ressemblerait une saison réussie avec Boulazac ?
(Il réfléchit.) Les play-offs, ce serait l'objectif de l'équipe. Je veux qu'on y soit compétitifs, qu'on surprenne un maximum de formations. Donc pour l'objectif collectif : les play-offs. Et pour l'objectif personnel... tout gagner (sourire). »
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