
-By David Loriot

Il ne la voyait pas comme ça sa nouvelle vie. Fin juin dernier, quand il monte sur scène, qu'il se pose en commandeur, tout à la fois président et coach, Tony Parker est fier. Dans ses yeux, dans ses mots, ça rayonne, ça galope, alors qu'il présente sa future Asvel, puissante, rutilante, propulsée par un budget historique, record de 59 millions d'euros. Les grands noms se ramassent à la pelle, Sylvain Francisco en tête, meneur des Bleus et 2e dans la course au titre de MVP de l'Euroligue !
« TP » se dit alors qu'il a réussi, qu'il a fait la nique à beaucoup de rieurs sous cape qui se demandaient encore quelques semaines auparavant où le boss allait emmener son club, 20e et dernier en Euroligue (8 victoires - 30 défaites), au sortir d'une troisième saison consécutive sans trophée. C'était beau, ça sentait l'épique et tout le monde, LNB comprise, empruntait le sillon et saluait l'immense bond en avant. Seulement, l'emballement était un peu prématuré. Le cadre financier pas complètement bordé. Le bonheur précipité. « Pour moi, c'était bon », glisse Parker, quand il raconte. Pas tout à fait apparemment.
Il y a deux semaines, le projet qui devait faire entrer le club villeurbannais dans une nouvelle dimension est passé sous les fourches caudines de l'instance du contrôle de gestion, la DNCCG. Faute d'avoir pu fournir à temps les garanties bancaires exigées par le gendarme financier de la LNB, et malgré le vent d'optimisme soufflé jusqu'au dernier moment par Parker, l'Asvel a dû revoir les termes de sa copie. Et la DNCCG devrait valider ce vendredi son engagement sur la base d'un budget fortement révisé à la baisse, aux alentours de 24 millions d'euros, évoque-t-on.
Emballement et contrôle de gestion renforcé
En première lecture, cela reste une hausse sensible par rapport à la saison écoulée (18,6 M€) et le plus haut budget jamais ébauché par le club rhodanien. Mais dans le déroulé des choses et des promesses vendues, c'est un sérieux accroc, un coup de frein brutal dans l'élévation des ambitions villeurbannaises à l'horizon de la NBA Europe, attendue à la rentrée 2027. Après avoir allumé plein ciel des rêves de grandeur, l'Asvel revient sur terre. Et elle va devoir s'armer de patience et batailler pour sauvegarder une crédibilité forcément entaillée. « Ça se joue à rien. On n'a pas finalisé à temps le deal avec le fonds d'investissement. Je comprends la déception des gens. C'est dommage, c'est frustrant », admet Parker.
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Dans cette histoire, l'Asvel, dans l'élan enthousiaste de son patron, a sans aucun doute manqué de clairvoyance, de vigilance. Elle est aussi, quelque part, une victime collatérale... de la folle saison de l'AS Monaco ! En effet, face au gouffre financier qui faillit engloutir la Roca Team cette année, la DNCCG a drastiquement renforcé ses moyens de contrôle au printemps dernier, exigeant notamment une garantie ou caution bancaire à première demande, avant toute validation de budget. Concrètement, sur un budget à 59 millions d'euros, comme celui présenté initialement par l'Asvel, le club aurait dû garantir 43 millions. IBH, le fonds d'investissement malaisien avec lequel l'Asvel était en contact, n'a pas pu tenir cet engagement, d'autant que le board de la NBA Europe n'incita pas, semble-t-il, le club rhodanien à poursuivre les discussions plus avant avec ce fonds, lui préférant un autre plus proche « du sérail », celui des Buss, ex-propriétaires des Lakers, avec lequel l'Asvel avait également noué des discussions avancées.
Mais ce genre de deal réclame de l'étude et du temps et l'Asvel n'en avait plus assez pour finaliser l'affaire dans le délai imparti, malgré la volonté clairement affichée de la famille Buss de rentrer dès maintenant dans le projet villeurbannais. Parker ne veut donc pas entendre parler d'échec. Le travail sera plus long que prévu, mais il est en cours. « C'est une étape de plus, un pas de recul pour mieux rebondir. C'est la vie. Une autre raison pour montrer ta résilience, ta force de caractère. Je crois au projet, je sais qu'on va finaliser avec le fonds et je me dis qu'un jour, j'arriverai à avoir une équipe de rêve. »
Tony Parker
« Je coacherai l'équipe à la rentrée dans n'importe quelles circonstances »
En attendant une issue heureuse, qui pourrait même se concrétiser dans le courant de l'automne, il faut aujourd'hui repenser les choses et le profil de la bête dans l'arène à la rentrée. Si 24 millions de budget, ça vous met bien en Betclic Élite, ça vous laisse assez loin de l'avant de la meute en Euroligue. Surtout, ça vous oblige à des choix contractuels tout autres que ceux engagés début juillet. Ainsi, « TP » a dû se résoudre à laisser partir son « franchise player », Sylvain Francisco, au Panathinaïkos, récupérant seulement au passage le buy out de départ, soit 450 000 euros.
Pour les autres têtes d'affiche annoncées il y a un mois, Daniel Theis, Armoni Brooks, Nick Weiler-Babb, rien n'est encore arrêté, mais il se dit à la LNB que les contrats ne seront sans doute même pas présentés pour homologation. Pléthorique dans un budget à 59 millions, le staff technique devrait aussi connaître quelques ajustements. Et la venue de Vincent Collet, sélectionneur de « TP » chez les Bleus entre 2009 et 2016, est aujourd'hui loin d'être garantie. « Vincent venait pour un certain projet. Maintenant, il m'a demandé un peu de temps », confessait jeudi le quadruple champion NBA.
Lui, en revanche, reste sur le pont. Aujourd'hui, les rêves de l'Asvel sont en sommeil, mais « TP » sera bien debout le long de la ligne de touche à la rentrée, pour un défi plus lourd à relever et où beaucoup vont l'attendre sur le terrain du coaching. « C'est un challenge que j'accepte. Je ne quitterai pas le navire. Je coacherai l'équipe à la rentrée dans n'importe quelles circonstances », clame-t-il. Dans son nouveau costume, Parker est d'ailleurs déjà de retour sur le marché. L'Asvel a désormais une nouvelle équipe à bâtir.
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