
Dix ans après le dernier sacre du Limoges CSP, qui s’était imposé pour la deuxième année consécutive face à la SIG Strasbourg en finale du championnat de France, les deux clubs se retrouvent ce samedi 5 avril pour un duel qui rappelle leur intense rivalité du milieu des années 2010.
Limoges – Strasbourg, c’est une histoire d’opposition de styles, de clashs médiatiques, de duels intenses et de titres décisifs. En 2014 puis en 2015, le CSP a conquis ses deux derniers titres de champion de France face à la SIG de Vincent Collet. Deux années où ces clubs semblaient cristalliser toutes les tensions et ambitions de la Pro A, devenue depuis la Betclic ÉLITE. Alors que les deux formations se retrouvent ce samedi à Beaublanc, avec l’ambition de rester en course pour le play-in, l’occasion est parfaite pour se replonger dans cette rivalité électrique.
2014 : le retour du géant vert
C’est un club mythique qui renaît de ses cendres. En 2014, quatorze ans après son dernier sacre, Limoges décroche un 10e titre national. Le CSP, emmené par Jean-Marc Dupraz et porté par un collectif dur et intense, balaie une SIG avec plusieurs cadres diminués comme Antoine Diot et Bootsy Thornton. Alex Acker, élu MVP des finales, symbolise le sang-froid des Verts, notamment lors du match 3 à Beaublanc. « Strasbourg nous a bien embêtés, mais je suis heureux de vivre ça », confiait à L’Équipe Adrien Moerman après les lancers décisifs. Le retour du CSP au sommet déclenche une ferveur immense dans toute la ville. Beaublanc affiche complet, un écran géant est installé au stade de rugby, et les scènes de liesse rappellent les plus grandes heures de gloire du club.
Frédéric Forte, président emblématique, résume parfaitement ce moment dans Le Progrès : « Le CSP, c’est plus qu’un club. Ici, ça pue le basket, les gens transpirent CSP ». Limoges, alors à peine revenu de Nationale 1 une décennie plus tôt, redevient une capitale du basket français.
2015 : chaos, miracle et titre
Un an plus tard, le CSP est encore au rendez-vous des finales. Mais cette saison-là est un long chemin de croix. Décevant en EuroLeague (2 victoires en 10 matchs), humilié par Le Portel (Pro B) en Coupe de France, battu à Rouen en championnat… Limoges vacille. À sept journées de la fin, Frédéric Forte limoge Jean-Marc Dupraz. Philippe Hervé prend la barre et, en quelques semaines, réinvente le CSP.
« Il fallait tout reconstruire, tout remettre à plat », expliquera Hervé, qui dédiera ce titre à son père décédé un an plus tôt. Avec lui, la rigueur défensive revient, les rôles sont redéfinis, les individualités se libèrent. Le CSP enchaîne treize victoires en seize matchs pour finir champion de France… à nouveau contre Strasbourg.
Et pourtant, tout semblait perdu en finale. Adrien Moerman, MVP de la saison, se blesse lors du match 2. Mais Fréjus Zerbo et Ousmane Camara s’élèvent. « Le Baobab a été touché par la grâce », disait le consultant Stephen Brun dans le Le Populaire du Centre. Zerbo réalise le match de sa vie lors de l’acte 4 : 16 points et 5 rebonds en 23 minutes. Camara, lui, est élu MVP des finales.
Et puis il y a Pooh Jeter. L’Américano-ukrainien arrivé en fin de saison sort de l’ombre dans le money-time du match 4 à Beaublanc. 21 points, dont 11 dans les quatre dernières minutes. « Il nous a fait mal », admettra Vincent Collet dans L’Équipe. Collet, justement, est au cœur de la tension.
Collet – Forte : une opposition de style… et de caractère
En 2015, les confrontations entre les deux hommes sont électriques. Frédéric Forte accuse Strasbourg de jouer « un basket de rue » à l’antenne de France Bleu Limousin. Vincent Collet refuse de lui serrer la main après le match 3. Les supporters strasbourgeois dénoncent des insultes et des incidents à la sortie des vestiaires. Martial Bellon, président de la SIG, parle d’une ambiance « gravissime » dans Aujourd’hui en France. En réponse, Forte ironise : « On va leur mettre un camion de CRS, des avions de chasse et des drones… »
Ce contexte explosif enflamme Beaublanc, où la pression populaire devient un véritable facteur de performance. « On savait que la magie de Beaublanc allait marcher », sourira Philippe Hervé. Dans une ambiance bouillante, Limoges s’impose une nouvelle fois et enterre les rêves de Strasbourg.
Une SIG en quête d’un titre… toujours attendu
Pour Vincent Collet et Strasbourg, ces deux défaites consécutives face à Limoges font mal. Très mal. En trois ans, la SIG perd trois finales (2013, 2014, 2015) avant de s’incliner encore deux fois (2016, 2017). « On manque de talent dans ces matchs-là », avouera Collet après la défaite de 2015. La blessure d’Antoine Diot, le manque de tranchant du banc, les échecs successifs en finale…
Le souvenir d’un homme
Au cœur de ces années de feu, un homme a tout incarné : Frédéric Forte. Joueur mythique du titre européen de 1993, président du renouveau dès 2004, stratège décisif dans les deux derniers titres… il est l’âme du CSP. Fort en gueule, passionné, contesté parfois, mais toujours droit dans ses bottes. Son décès brutal en 2017 a laissé un vide immense dans le basket français.
2025 : un rendez-vous sans couronne, mais pas sans histoire
Dix ans après, ni Limoges ni Strasbourg ne jouent le haut du tableau. Mais ce samedi 5 avril, à Beaublanc, ce Limoges – SIG ne sera pas un match comme les autres. Pour les anciens, pour les fans, pour la mémoire. Les noms ont changé, les objectifs aussi, mais les souvenirs restent vivaces.
Parce que c’est ça aussi le basket. Une histoire de rivalités, d’émotions, de résilience. Et parfois, de miracles.